Le féminicide, c'est pas nouveau!

 

Roland Fiset a tué sa conjointe en 1947.

    Les féminicides font parler depuis le début de l'année 2021, comme si le mot apportait du nouveau à un phénomène qui, malheureusement, est vieux comme le monde. Les femmes victimes de meurtre, en particulier d'un conjoint jaloux, possessif et manipulateur, n'ont certainement pas fini de s'accumuler.

    Selon certaines études, c'est dans une proportion d'environ 40% que les femmes seraient victimes d'homicide au Québec ... euh, pardon, de féminicide! Donc, 60% des victimes sont des hommes. Certes, ce n'est pas l'impression que nous laisse les médias.

    Les recherches que j'effectue en ce moment et qui aboutiront peut-être en un projet d'écriture, m'amènent à découvrir des centaines de cas d'homicides commis au Québec. Devant une telle masse d'informations, on arrive à se dire que, malgré la bonne volonté des médias à nous inculquer un meilleur vocabulaire pour mieux décrire les faits judiciaires, qu'est-ce que cela nous apporte vraiment?

    Comme l'Histoire le fait dans d'autres domaines, rien de mieux que de s'asseoir, prendre le temps de réfléchir et revenir un peu en arrière.

    Le 1er août 1947, dans l'immeuble du 1287 rue Labelle à Montréal, un plat d'égouttement d'une glacière débordait et l'eau qui s'en échappait a fini par s'infiltrer dans le logement du rez-de-chaussée. C'est ainsi qu'on a découvert le corps d'Annette Diotte, une femme de 39 ans, qui avait visiblement été étranglée à l'aide d'une cravate qui se trouvait d'ailleurs encore autour de son cou. Son corps était partiellement vêtu et on avait jeté sur elle une robe. Sur place, les policiers ont retrouvé une note qui disait à peu près ceci:

« Nous nous aimions trop. Je demande pardon à mon père, à ma mère, à mes frères et à mes sœurs. Je demande aussi pardon à Dieu pour toutes mes fautes passées. » La note était signée R. Fiset. »[1]

Remarquez que l'auteur de la lettre ne demandait aucunement pardon aux proches de sa victimes.

Roland Fiset, 32 ans, vivait avec la victime dans cet appartement de la rue Labelle depuis 1945. Il a vite été traduit en justice. À la fin d'octobre 1947, un jury l'a déclaré coupable d'homicide involontaire. Ce verdict, qui le sauvait de la potence, a été accueilli par des applaudissements.[2] Il a cependant écopé d’une sentence de 20 ans de pénitencier.

Le 2 août 1947, au lendemain de la découverte du corps d'Annette Diotte, le Québec était marqué par un autre drame similaire. Cette fois, c'est dans le petit village de Bury, en Estrie, qu'une dispute a éclaté entre Preston Allison et sa femme, Hazel Grace Coates, à propos de leur enfant de 3 ans. Allison, vétéran de la Seconde Guerre, se trouvait toujours en Angleterre lorsque l'enfant était venu au monde. Depuis, il entretenait des doutes quant à sa paternité.

Ce soir-là, l'homme de 26 ans s'est emparé d'une carabine de calibre .308 pour tirer sa femme en plein visage, lui arrachant le maxilaire inférieur. Malgré la gravité de sa blessure, Hazel s’est sauvée jusqu’au hangar, où Preston l’a rapidement rattrapé. Celui-ci l’a ensuite ramené à l’intérieur de la maison pour la coucher sur le plancher de la cuisine. Il serait ainsi resté une trentaine de minutes en compagnie du corps de sa femme avant d’appuyer le canon de son arme sous son menton. Le projectile a traversé son menton avant de ressortir par son nez. Sous le choc, il a réussi à atteindre la maison d’un voisin pour annoncer le drame qu'il venait de créer. Allison a été conduit à l’hôpital, où il est mort vers 6h00 le lendemain matin.

Évidemment, le rappel de ces deux drames épouvantables ne nous indique pas comment faire pour l'enrayer. À tout le moins, on réalise que le phénomène est loin d'être nouveau et ce n'est certainement pas l'utilisation d'un mot plus "cool" qui fera avancer les choses, mais plutôt une meilleure classification des crimes violents. Par exemple, c'est en étudiant ces causes en profondeur qu'il est possible d'en tirer des corrélations, des tendances, des similitudes. Qu'est-ce qui fait qu'un conjoint meurtrier se suicide après avoir tué sa conjointe alors qu'un autre n'y pensera même pas?

D'autre part, faut-il comprendre qu'il y a un profil psychologique selon la manière de tuer?

Et, surtout, pourquoi un homme tourne-t-il sa frustration et son accumulation de colère vers sa conjointe? Sinon, d'où vient cette colère?

Les questions sont nombreuses et les réponses bien rares. Nous ne faisons qu'effleurer le sujet. Mais au moins, c'est un début.



[1] La Patrie, 2 août 1947.

[2] C’est ce genre de réaction qui fait penser que la présence de la peine de mort, prononcée automatiquement avec un verdict de meurtre – c’est-à-dire lorsqu’on a fait la preuve de la préméditation – ait pu influencer certains verdicts. En effet, on peut se demander si on n’a pas rendu des verdicts moindres pour éviter la peine de mort, alors que le jury est sensé ne pas tenir compte de la sentence et rendre un verdict d’après les preuves déposées devant lui lors d’un procès. Qu’on le veuille ou non, la présence constante de la peine de mort, tel un épée de Damoclès, a certainement influencé quelques verdict. Au contraire, après l’abolition définitive de la peine de mort, en juillet 1976, le jury n’avait plus à se laisser influencer par cet aspect du Code pénal.

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