Trajectoire: Jacques Dupont (9/100)
Mercredi, 1er novembre 1995
Figure 8. Ces deux photos (voir celle plus bas), très
similaires, ont Ă©tĂ© prises le 10 novembre 1969 Ă l’arrivĂ©e du corps Ă
l’Institut mĂ©dico-lĂ©gal de MontrĂ©al, juste avant l’autopsie. La famille y voit
un visage tumĂ©fiĂ©, tout comme l’ancien coroner Marcel Chartier. D’autres,
cependant, auront une interprétation différente. Les plis sur la joue droite,
par exemple, s’expliqueraient par un contact prolongĂ© contre l’Ă©paule droite
(la tĂŞte aurait reposĂ©e contre les vĂŞtements de l’Ă©paule droite durant quelques
jours). Au cours de la Commission d’enquĂŞte de 1996, Paul Philibert semble
avoir été le seul à donner une explication concernant une tache apparaissant au
niveau des lèvres. Selon lui, il s’agissait d’un phĂ©nomène de dĂ©shydratation.
Jacques
Dupont, l’aĂ®nĂ© de la famille, fut d’abord interrogĂ© par son propre avocat, qui
lui demanda de raconter comment il avait appris la mort de son père en 1969.
-
Quand je suis arrivĂ© chez moi vers 11h40, je l’avais cherchĂ© toute
la nuitte [sic], de mon côté,
j’essayais de … on a toujours espoir de le retrouver, des fois, on essaie tout;
avec tout ce qui s’Ă©tait dit, il Ă©tait peut-ĂŞtre icitte, il Ă©tait peut-ĂŞtre lĂ , des tĂ©lĂ©phones anonymes chez nous.
On va tout essayer! Ça fait que je suis arrivé vers midi moins vingt à la
maison puis, lĂ , j’ai ben vu qu’en virant le coin, il y avait des autos de
police dans la cour. Ça fait que, lĂ , j’ai pensĂ© qu’il Ă©tait … ils l’avaient
retrouvĂ©, vivant ou mort mais je me doutais … j’ai dit, ils l’ont retrouvĂ©, ça,
c’est sĂ»r. Comme de fait, quand je suis arrivĂ© en dedans, les autoritĂ©s
policières m’ont dit : « On a retrouvĂ© ton père puis il est dĂ©cĂ©dĂ©.
Il est mort dans les limites de la ville. On l’a retrouvĂ© mort ».
-
Est-ce qu’on vous a, Ă ce moment-lĂ , prĂ©cisĂ© l’endroit exact oĂą il
avait été retrouvé?, demanda Me Pierre Gagnon.
-
Oui. Sur le boulevard St-Jean. Ils appelaient ça « dans le
petit chemin des amoureux. »
-
Est-ce que c’est un endroit que vous connaissez?
-
J’ai dĂ©jĂ Ă©tĂ© voir sur les lieux.
-
Vous le connaissez de quelle manière, cet endroit-là ?
-
Ben, il y a des membres de notre famille qui ont été sur les
lieux, voir; la police, ils ont dit : « Ben, c’est telle place, tel
petit chemin. » Il n’y en avait pas beaucoup de chemins entre le boulevard
St-Michel puis … ils appelaient ça le … c’est une grande cĂ´te juste avant de …
ils appelaient ça « la cĂ´te Ă nounoune. » Et puis j’ai Ă©tĂ© voir une
couple de fois lĂ dans ce petit chemin-lĂ . Ă€ c’t’heure, c’est fermĂ©
complètement, c’est l’autoroute qui passe lĂ [autoroute 55]. L’autoroute passe
pratiquement sur la fin du chemin. C’est un petit embranchement qu’il y avait.
Ils surnomment ça « le petit chemin des amoureux ».
-
Est-ce que vous connaissiez cet endroit-lĂ avant le 10 novembre
1969?
-
Non. Pas spĂ©cialement, non. J’ai dĂ©jĂ passĂ© par lĂ en moto mais je
ne me suis jamais arrêté là -dedans.
-
Maintenant, le 10 novembre 1969, vous avez été appelé à faire des
constatations, ici, à Trois-Rivières, là , concernant votre père justement?
-
Oui.
-
Ă€ quel endroit?
-
Ă€ la morgue, au Salon funĂ©raire Julien Philibert. C’est moi qui a
Ă©tĂ© l’identifier.
-
Qu’est-ce que vous avez observĂ© particulièrement Ă ce moment-lĂ ?
-
Ben, en arrivant dans le sous-sol, installé sur la civière, là , je
lui ai regardĂ© la figure pour savoir si c’Ă©tait bien lui. C’Ă©tait bien lui.
J’ai ben remarquĂ© que la face Ă©tait maganĂ©e, si on peut appeler comme ça, le
nez Ă©crasĂ©, quelques marques au visage, des gros plis sur la joue, ça, c’Ă©tait
remarquable. LĂ , mes yeux ont baissĂ©, j’Ă©tais peut-ĂŞtre Ă deux pieds de la
civière, là , mes yeux ont baissé tout de suite à la poitrine.
-
Et le …
-
Le sang m’a attirĂ©; avec une mare de sang comme ça en avant. LĂ ,
qu’est-ce que j’ai vu? J’ai vu tout le linge Ă©chiffĂ© vers l’extĂ©rieur. Puis, moi, depuis que je suis jeune que
je vais Ă la chasse; quand tu vois une affaire comme ça, c’est pareil comme
quand tu tires dans une cannette de Coke ou n’importe quoi, c’est toujours la
mĂŞme chose : ça entre, ça fait ça; ça sort, ça fait ça. Ça fait que c’est
ça que j’ai vu en avant. Mais lĂ , avec tout ce monde-lĂ alentour de moi, je ne
pouvais pas … 19 ans, que c’est que vous voulez que je fasse? Mon père est dans
la police, ils sont tous lĂ alentour puis ils disent que c’est … ils disent,
ben, il s’est tuĂ©, une dĂ©pression. Je ne peux pas rien faire, je ne peux pas
rien faire.
S’ensuivit
quelques Ă©changes sans importance après que Me Pierre Gagnon eut l’intention de
montrer une photo Ă son tĂ©moin. Toutefois, ce fut l’occasion de comprendre que
les photos du corps prises Ă l’Institut mĂ©dico-lĂ©gal de MontrĂ©al avaient
justement Ă©tĂ© remises Ă la famille par l’organisme lui-mĂŞme.
Figure 9. Deuxième photo prise à l'Institut de médecine légale
peu de temps avant l'autopsie, le 10 novembre 1969.
Il
fut également question que les photos utilisées en Cour étaient des photocopies
laser de photographies, mais le juge St-Julien s’en dira lui-mĂŞme satisfait. Me
Pierre Gagnon rĂ©vĂ©la « qu’Ă partir de ces photos-lĂ , mes clients avaient
fait faire des nĂ©gatifs, c’est-Ă -dire qu’ils ont fait photographier ces
photos-lĂ pour avoir des nĂ©gatifs ». Il semble que ce soient ces derniers
négatifs dont avait bénéficié le Dr Ferris pour faire son expertise.
Pour
sa part Me Claude Gagnon cherchait à éclaircir les faits concernant les photos
que Me Pierre Gagnon aurait remises au Dr Ferris pour permettre Ă ce dernier de
faire ses analyses. Quelle était la qualité des photographies utilisées par les
experts embauchĂ©s par la famille? La variation d’une telle qualitĂ© pouvait-elle
affecter leurs conclusions? Avaient-ils bénéficié de tous les documents
nécessaires?
Cette
discussion poussa le juge St-Julien Ă faire remarquer que, selon la lettre du
Dr Ferris datĂ©e du 20 mai 1994, rien n’indiquait la provenance des photos dont
il avait disposé pour son analyse.
C’est
seulement ensuite que Me Pierre Gagnon utilisa l’une des deux photos du corps
prises Ă l’Institut mĂ©dico-lĂ©gal. Il la montra au tĂ©moin. Soulignons qu’on
demandait ici au tĂ©moin de raconter ce qu’il avait vu dans le sous-sol de
Philibert d’après des photos prises au laboratoire de MontrĂ©al. Deux photos
prises dans le sous-sol du salon Philibert seraient produites en preuve
seulement plus tard.
-
Ça, c’est le mĂŞme que j’ai vu chez Philibert. Le visage amanchĂ© comme ça. Mais, ça, c’est posĂ© Ă
l’Institut mĂ©dico-lĂ©gal, ça. Ça ne vient pas de chez Philibert ça lĂ , lĂ . Mais
c’est ce que … c’est ça que j’ai vu. Qu’on … pour la figure, c’est ça que j’ai
vu.
-
Je vous montre Ă©galement …
-
Moi, quand je l’ai vu, il Ă©tait tout habillĂ©, ben entendu, lĂ .
-
Je vous montre une deuxième photographie, I-3-15f. Vous nous avez
mentionné avoir observé des choses sur le tronc?
-
Exactement.
-
Habillé, vêtu?
-
Quand j’ai eu fini de regarder le visage, ça n’a pas durĂ©
longtemps, j’Ă©tais sĂ»r que c’Ă©tait mon père, les yeux m’ont … c’est lĂ qu’ils
ont baissĂ©, c’est sĂ»r. On est attirĂ© par tout le sang qu’il y a icitte, lĂ . C’est par lĂ que ç’a Ă©tĂ©
attirĂ©. Il est devant moi. Ça fait que je le vois, le linge, il Ă©tait Ă©chiffĂ© par l’extĂ©rieur.
-
Oui?
-
Le trou était assez gros dans la chemise.
-
Le voyez-vous sur la photo?
-
Icitte, c’est dur Ă
voir.
Le
témoin indiqua, selon son propre jugement, où se trouvait le trou dans le
vĂŞtement avant d’admettre que sur la photo « on ne voit pas
grand-chose ». Et Me Claude Gagnon d’ajouter que tout cela serait
interprété plus tard par son expert.
L’avocat
des requérants amena ensuite son témoin à parler des démarches faites par la
famille au cours des dernières années.
-
Je comprends que c’est vous qui avez secondĂ© votre mère, lĂ , puis
la famille dans toutes vos démarches pour obtenir les documents?, reprit Me
Pierre Gagnon.
-
Oui.
-
Quand est-ce que vous avez débuté ça?
-
J’ai dĂ©butĂ© en 87. Mais ma mère, elle avait dĂ©butĂ© en 82 quand
elle a su qu’il y avait une deuxième Commission de police, ben, mon frère a
appelĂ© le dĂ©putĂ© Vaugeois et puis il lui a expliquĂ© le gros de l’affaire. Ça
fait qu’il a dit, on va … : « Je m’en vais en parler au juge
Dionne ». Il a envoyĂ© deux enquĂŞteurs Ă la maison puis, lĂ , on sait
qu’est-ce qui s’en … ils ont remis les 7 photos, lĂ , parce que mon frère avait
les 7 photos posĂ©es de mon … 7 des photos de mon père posĂ©es dans l’auto, sur
les lieux, le 10 novembre 69. Il a remis ces 7 photos-lĂ puis il a remis … ma
mère a remis la lettre, la supposĂ©e lettre d’adieu Ă©crite par notre père en 69.
Ben…
Puisque
le tĂ©moin venait d’en parler, Me Pierre Gagnon prĂ©cisa que la lettre avait Ă©tĂ©
déposée sous la cote R-39. La note de suicide se lisait comme suit :
« Tu verras l’avocat Yvan Godin, le notaire Guy Garceau avec tous les
papiers. Je vous aimais tous beaucoup, je vous demande pardon. Louis
Georges ».
Peu
après, Me Pierre Gagnon montra à son témoin une autre pièce à conviction.
-
Ici, je vous exhibe un document, pouvez-vous l’observer puis dire
si vous le reconnaissez?
-
Oui. J’avais fait une demande, lĂ . On a eu des contacts avec le
Protecteur du citoyen, je m’Ă©tais essayĂ©. En toutes les dĂ©marches que j’ai
faites, j’avais essayĂ© de le sensibiliser Ă notre affaire. Puis je lui disais que
la Commission de police, lors … quand qu’ils Ă©taient venus en 82 chez ma mère,
qu’eux autres, ils avaient remis les 7 photos, 7 des photos de notre père posĂ©
dans le vĂ©hicule, ça, c’Ă©tait des originales, ça, plus la lettre puis que, lĂ ,
moi, pour mes dĂ©marches, j’avais besoin de ces photos-lĂ puis je voulais la …
cette supposĂ©e lettre-lĂ , lĂ , de petit format. Et puis, lĂ , c’est ça qu’il me
rĂ©pond : après plusieurs dĂ©marches de … plusieurs dĂ©marches de sa part, il
a rĂ©ussi par obtenir ça. Vous voyez? C’est ça qu’on avait ici, lĂ , ces 7
photos-lĂ . Mais ça, c’est posĂ© chez Philibert ça. C’est ça … ça … c’est ça que
j’ai vu icitte. Mais voyez … regardez
l’Ă©tat qu’ils nous ont envoyĂ©. C’est noir comme ça, c’est ça qu’ils nous
envoient. C’est quasiment rire de nous autres. Que c’est que vous voulez qu’on
fasse avec ça? Il m’envoie des photocopies puis il dit : « On a rien
que des photocopies des photocopies. » En quelque part, il y a quelqu’un
qui les a ces photos-là . Ils [elles] ont été données à la Commission de police.
Puis on est tous des menteurs chez … ils sont … chez nous, chez nous, c’est
tous des menteurs. Que c’est que vous voulez que je vous dise?
-
Donc, vous débutez vos démarches en 1987?
-
Exact. J’Ă©tais supposĂ© de commencer en 86 mais j’ai eu un gros accident
de travail. Ça fait que ç’a Ă©tĂ© retardĂ© en 87. De toute manière, 86, peut-ĂŞtre
que je n’aurais pas avancĂ© ben, ben, parce que je ne connaissais pas la
Commission de l’accès Ă l’information. Je l’ai su seulement qu’en 87. Il y a
quelqu’un qui m’en a parlĂ© que ça existait. Ça fait que j’ai dit, bon, ben … il
dit : « Va chercher des formulaires Ă Communication QuĂ©bec puis, il
dit, lĂ , tu remplis ça. » Ça fait que, lĂ , j’ai commencĂ© comme ça.
-
Quels documents vous aviez au départ? Les documents que vous aviez
en 69 puis, après ça, les documents que vous aviez en 1987 quand vous avez
commencé vos démarches?
-
Ben, en 69, ma mère, qu’est-ce qu’elle avait, c’est le
procès-verbal puis le verdict du coroner. Il y a une quinzaine de lignes
lĂ -dedans. Si on peut appeler ça une enquĂŞte du coroner. … Elle avait la lettre
d’adieu … qui lui avait Ă©tĂ© remise par monsieur Poitras. Elle avait quelques
articles de journaux; que c’est qui … que c’est qu’on … il y avait les 7
photos, que mon frère, Ă l’âge de 14 ans, les photos … Ă l’enquĂŞte du, Ă
l’enquĂŞte … Ă l’enquĂŞte du coroner qui s’est tenue dans un parc, lĂ , dans un parc
public, dans une petite bâtisse qu’on met nos patins l’hiver puis se
dĂ©chausser, c’est lĂ que ça s’est tenu, le soir. Ce n’Ă©tait pas public, c’Ă©tait
privé ça. Là , les photos circulaient sur les tables, on pouvait les regarder.
Mon frère, lui, il a dĂ©cidĂ© qu’il en prenait 7 puis je les garde en souvenir.
Il les a mis dans son coat. Ça, c’est
bâclĂ© ça. Il n’y a jamais personne qui nous a appelĂ©s pour savoir oĂą que
c’Ă©tait passĂ© ça, tu sais, ces pièces-lĂ . Le rapport d’enquĂŞte, il est non
homologuĂ©, le rapport d’enquĂŞte du coroner, lĂ , il est non homologuĂ©, tu sais.
Ça fait que c’Ă©tait bâclĂ©. LĂ , c’est comme ça qu’on le voit au fil des annĂ©es.
Eux autres, là , quand même que le gun aurait été là , on aurait parti avec, ce
n’est pas grave, c’Ă©tait bâclĂ©. C’est ça, c’est comme ça qu’on interprète.
Ensuite,
Me Pierre Gagnon référa son témoin au rapport du coroner.
-
Est-ce que c’est le document dont vous parlez?
-
C’est ça que je parle. On peux-tu appeler ça un verdict du coroner
s’il y a une enquĂŞte publique? Ça dit quoi ça? Puis lĂ -dedans, lĂ , avec les
annĂ©es, avec qu’est-ce qu’on a eu lĂ , vous comparez ça puis vous comparez …
mais … c’est parce que les rapports de police, ça ne fait pas longtemps qu’on
les a. Vous comparez les rapports de police, monsieur Hubert, en date du 2
dĂ©cembre, il donne la liste des tĂ©moins. Parce que c’est monsieur Hubert qui
est en avant avec monsieur Chartier. Il donne la liste des témoins qui sontaient [sic] présents là dans la
salle puis vous regardez celle de monsieur Chartier puis ce n’est pas les mĂŞmes
tĂ©moins. Il y a quatre, cinq tĂ©moins lĂ , qui … c’est des contradictions, c’est
d’un boutte Ă l’autre. Mais les dates
avec les annĂ©es, lĂ , les demandes, les dates puis tout ça, on … depuis quelques
annĂ©es, nous autres, on s’attarde sur tout ça : quoi est-ce qui ne marche
pas? D’un papier Ă l’autre, ça ne marche pas, ça ne marche pas.
-
Je rĂ©fère maintenant le tĂ©moin Ă la pièce R…
-
Puis il y a quelque chose que je voudrais rajouter.
-
Oui, allez-y.
-
Il est spécifié au verdict du coroner et plus particulièrement le
docteur LĂ©tourneau, ça, c’est le mĂŞme qui a fait le constat de dĂ©cès, c’est le
mĂ©decin-traitant de notre père qui l’a vu deux fois dans une annĂ©e puis qui est
venu le faire passer pour un fou. Quelles qualifications qu’il a? Puis oĂą qu’il
est ce rapport-là que notre père est fou? Talheure
[sic], j’en ai entendu parler de ça, on a essayĂ© de faire dire Ă ma mère que
mon … votre père est fou, des problèmes d’argent. Pour commencer, mon père n’a
pas investi 10 000$, il a endossé pour Georges[1], il a
endossĂ© Georges Gendron. Ce n’est pas pareil pantoute ça. On a essayĂ© de lui faire dire des affaires Ă elle mais
ce n’est pas ça. Ils n’essaieront pas de nous … de nous … icitte, de nous faire remplir … on ne se fera pas emplir icitte Ă matin. Puis nous faire dire,
ben lĂ , c’est Ă cause qu’il a endossĂ© … monsieur Gendron, l’ami … parce que
c’est dit dans les rapports puis je le sais que le monsieur va arriver avec ça talheure, monsieur Gendron, l’ami de
monsieur Dupont, dit Ă monsieur Hubert : « Ben, il prend des
pilules ». Ben, le fameux ami en question, monsieur Gendron, quand que mon
père a dĂ©cĂ©dĂ©, il a arrĂŞtĂ© de payer les endossements Ă ma mère puis c’est elle
qui a été obligée de les prendre, les endossements. Tout un ami! Ça, là , des
magouilles de Jean-Marie Hubert, lĂ , il y en a plein le dossier. Si on aurait
[sic] le temps de tout l’Ă©plucher ensemble ce dossier-lĂ , ça fait assez de
temps que je travaille lĂ -dessus que …
Me
Pierre Gagnon le rĂ©fĂ©ra ensuite Ă des articles publiĂ©s dans les journaux Ă
l’Ă©poque de la disparition.
-
Je comprends que c’est des documents que vous aviez Ă©galement, lĂ ,
au cours des annĂ©es que vous avez …
-
Il y en a qu’on avait puis il y en a qu’on a fait des recherches
au fil des annĂ©es. On s’est mĂŞme rendu Ă la Bibliothèque nationale Ă MontrĂ©al
puis … Bibliothèque nationale du QuĂ©bec et puis on a fait des recherches dans
diffĂ©rents quotidiens. Que c’est qu’on pouvait retrouver, jusqu’oĂą que ç’avait
été ça ces fameuses rumeurs-là ? Les descriptions de notre père dans les journaux,
quand qu’il dit que le gars mesure 5 pieds et 10 pouces, qu’il a les yeux bruns
puis qu’il a les cheveux châtains, quand que, le gars, il a 6 pieds, il a des
cheveux … il a les yeux bleus puis il a les cheveux noirs. C’est ça la
description que la police a faite dans les journaux puis ils disent, on fait
une vaste enquĂŞte Ă travers le QuĂ©bec pour le retrouver. Il n’a mĂŞme pas la
bonne description du gars, on ne l’a jamais retrouvĂ© ce gars-lĂ . Ça, ça en est
un boutte. Il y en a plein, on le
voit icitte. Ça, il y en a que ma
mère m’a donnĂ© lĂ -dedans qu’elle, elle avait accumulĂ© d’elle-mĂŞme puis de la
famille. Les autres, c’est nous autres qui les a retrouvĂ©s, comme je vous ai
dit, en faisant des recherches.
-
Maintenant, plus spécialement, vous, vous commencez vos recherches
de documents en 1987?
-
Oui.
-
Est-ce que, Ă ce moment-lĂ , en 1987, est-ce que vous avez des
documents additionnels en plus de ceux que vous venez de nous mentionner, en
87?
-
En 87, les seuls documents additionnels qu’on a, c’est les
rapports de la CSST puis du Bureau de révision paritaire qui ont dit non. On a
tout entendu mais c’est non.
-
O.k.
-
Hors délai de six mois. Mais, entre ça, ben entendu, il nous
manque les 7 photos puis il nous manque la lettre d’adieu qui ont Ă©tĂ© remises Ă
la Commission de police. Ça fait qu’on a ça de moins encore. C’est ça, lĂ , je
veux les ravoir au fil des années.
Me
Pierre Gagnon le rĂ©fĂ©ra Ă une autre pièce Ă conviction, soit le rapport d’Yves
Veillette, inspecteur pour la CSST.
-
Dans ce rapport-lĂ , poursuivit Jacques Dupont, monsieur Yves
Veillette en question va voir notre mère à la maison. Bon. Elle, elle a
dit : « Ça ne marche pas. Ah! Il dit, o.k., on va faire un check lĂ -dessus ». Il va la voir,
prend ses dĂ©positions. Ensuite, il va au poste de police, il dit : « je
veux avoir une copie des rapports de police ». Monsieur Jacques Genest qui
est lĂ -dedans dit : « Non. Tu vas regarder seulement. Il n’y a pas de
copies de disponibles, on ne te donne pas ça ». Vous regarderez, un moment
donnĂ©, il parle du projectile, de la balle : « La balle a traversĂ©
telles parties dans le corps ». Mais ces parties-lĂ , dans le corps, c’est
les mĂŞmes qu’on retrouve…
Sur
une objection de Me Claude Gagnon, que l’on devine encore en lien avec le
ouĂŻ-dire, le juge St-Julien sentit l’obligation de rectifier le tĂ©moin en lui
disant qu’en plus de maintenir l’objection « je dois vous dire … vous
devez tĂ©moigner … sur ce que vous avez vu rĂ©ellement et non pas ce que les
autres vont dire. C’est du ouĂŻ-dire ça. Alors, je suis obligĂ© de maintenir l’objection,
Ă ce moment-ci. Correct? »
Concernant
un autre document, le tĂ©moin lut l’extrait suivant : « L’autopsie
pratiquée par le docteur Jean Hould, en date du 10 novembre 69, mentionne
ceci : hémothorax gauche, perforation du cœur, du (inaudible) sous
valvulaire, aortique et pulmonaire, sortie par oreillette gauche,
paravertébrale gauche de la 10e côte, sous la 10e côte,
section de l’aorte. »
-
Cette section-lĂ , poursuivit Jacques Dupont, on la retrouve dans
la partie, une partie de l’autopsie originale de 1969 que la Ville nous a fait
parvenir l’annĂ©e passĂ©e. C’est les mĂŞmes termes mĂ©dicals [sic]. Mais dans celle de 87, que le docteur Hould nous a
fournie, Ă partir de ses notes personnelles parce que l’originale est disparue,
ce n’est pas les mĂŞmes termes mĂ©dicals,
là . Mais, moi, je ne suis pas docteur, ça veut-tu dire la même chose? En 69, je
peux-tu Ă©crire, la balle a passĂ© par telle ou tel endroit puis qu’en 87, Ă
partir de ses notes personnelles, elle a passĂ© par d’autres endroits? C’est-tu
les mĂŞmes? Je ne le sais pas.
-
Bon, vous avez parlĂ© d’une piste que vous avez trouvĂ©e dans ce
document-lĂ , dans vos recherches de documents contre la Ville de
Trois-Rivières?
-
Oui.
-
Une indication de quoi, selon vous, Ă ce moment-lĂ ?
-
Ben, qu’en 84, monsieur Gagnon, monsieur le Juge, qu’en 84, que la
… cette partie d’autopsie originale, lĂ , ils l’avaient en leur possession eux
autres, la Ville. Puis, par ordre de la Cour, quand qu’il nous est dit plus
tard, par ordre de la Cour, le juge AndrĂ© Marceau, le commissaire puis c’est le
juge AndrĂ© Marceau, Cour du QuĂ©bec : « Donnez ces documents-lĂ Ă la
famille Dupont ». Tel, et tel, et tel. Puis ils nous disent :
« Retournez, adresse-toi au … soit au coroner ou adresse-toi Ă l’Institut
mĂ©dico-lĂ©gal. On n’est pas … on n’a pas ça nous autres ». Puis 3 ans plus
tard, il la retrouve, comme par hasard, on reçoit dans la boîte à malle.
Me
Claude Gagnon fit Ă nouveau objection en soulignant qu’on Ă©tait en train de
faire le procès du corps de police et il se demandait en quoi cela faisait
avancer les choses, d’autant plus que cet exercice ne concernait pas le
Ministère de la sĂ©curitĂ© publique. En fait, il n’Ă©tait mĂŞme pas informĂ© des
derniers faits mentionnĂ©s par le tĂ©moin. LĂ -dessus, le juge rĂ©pondit qu’il
allait entendre le tĂ©moin sous rĂ©serve « parce que, moi, je vais avoir Ă
dĂ©cider un moment donnĂ© : il y a-tu des affaires de cachĂ©es? Qu’est-ce qui
est arrivĂ© dans cette histoire-lĂ ? Si la lumière n’a pas toute Ă©tĂ© faite
rĂ©ellement selon ce que je vais entendre, naturellement, je n’ai pas fini
d’entendre, lĂ , j’aurai une dĂ©cision Ă prendre. C’est bien Ă©vident qu’en
plaidoirie, il y en a qui vont me sortir la question du pouvoir discrétionnaire
et bien d’autres choses. Ça, je vais Ă©couter ça attentivement. Mais je veux
avoir l’heure juste, moi ».
-
Mais une dernière remarque, fit Me Claude Gagnon, puis je
comprends votre décision, là , mais ça nous met dans la position où mon client,
le Ministère de la sĂ©curitĂ© publique, n’a mĂŞme pas eu cet Ă©lĂ©ment-lĂ pour
prendre sa décision, voyez-vous?
-
Vous savez, trancha le juge, des interrogatoires sur affidavit, ça
existe, hein. Alors, il n’y en a pas eu. TĂ©moignez.
Il
fut alors question d’une autre lettre reçue chez les Dupont en septembre 1994
et dans laquelle il était question du coroner Marcel Chartier. Puis Me Pierre
Gagnon amena son tĂ©moin Ă aborder le sujet de la SĂ»retĂ© du QuĂ©bec. Puisqu’il
n’avait pas eu de rĂ©ponse, Jacques Dupont s’Ă©tait rendu Ă leur poste de la rue
Latreille en dĂ©cembre 1987[2]. On l’avait
invitĂ© Ă revenir en janvier 1988, et c’est Ă ce moment qu’on l’avait informĂ© du
fait que rien n’indiquait que la SQ Ă©tait en possession de quoi que ce soit
dans cette affaire.
Ensuite,
il fut question d’une rĂ©ponse de Guy Parrot de la Direction des affaires
pĂ©nales, qui lui avait Ă©crit que l’enquĂŞte du coroner avait Ă©tĂ© dĂ©truite et
que, par consĂ©quent « nous n’avons pas le rapport d’autopsie. » On
continua ensuite de parler de certaines de ses démarches.
-
Alors, de façon brève, lĂ , fit Me Pierre Gagnon, c’est pour ça que
je l’indique au tĂ©moin, de façon brève, comment ça s’est dĂ©roulĂ© vos demandes d’accès
avec la Ville de Trois-Rivières?
-
Toujours mal. Des bâtons dans les roues. Ça s’est ensuivi que mĂŞme
en passant devant le commissaire, le commissaire de l’accès Ă l’information,
monsieur Pierre Cyr, son jugement a été contesté à la limite, il manquait deux
jours. On a été obligé de se rendre à la Cour du Québec devant le juge André
Marceau que … il nous a donnĂ© raison, que le jugement Ă©tait toute … il n’y
avait pas d’erreur de points de droit, et caetera,
et caetera. On a fini par avoir les
rapports de police. Mais lĂ , ça continue. Tant qu’aux rapports, on a fini par
les avoir mais la bataille continue, on est en Cour.
-
Donc, finalement, toutes ces démarches-là avec la Ville de
Trois-Rivières, est-ce qu’il manque toujours des documents que vous aviez demandĂ©s
Ă la Ville de Trois-Rivières? Qu’est-ce qui manque encore de la Ville de
Trois-Rivières?
-
Ben, de la Ville de Trois-Rivières, il manque l’expertise de
l’auto, il manque le rapport de sĂ©jour de Hubert et Buckley Ă MontrĂ©al, les
deux jours qu’ils ont Ă©tĂ© lĂ quand mĂŞme, les deux jours avant qu’on retrouve
mon père, la fin de semaine, puis il nous manque le constat de décès du docteur
LĂ©tourneau, il nous manque l’expertise, l’autopsie originale, lĂ , complète, lĂ ,
c’est une petite partie qu’on a, lĂ , … qui a Ă©tĂ© envoyĂ© Ă monsieur Chartier.
Mais l’autopsie originale complète, on ne l’a pas. Le rapport du coroner, lĂ ,
ça ne se limite pas Ă quinze lignes, je ne peux pas croire que, ça, c’est
sĂ©rieux. Ça doit … ça comporte au moins quatre, cinq pages, ce n’est mĂŞme pas
homologuĂ©. Ça veut dire quoi ça? Il n’y a pas de numĂ©ro de dossier en haut. On
sort de lĂ puis ça s’en va dans les poubelles? C’est quoi? Je ne sais pas, moi,
je pose les questions puis je me le demande, lĂ . C’est des questions qu’on se
pose, lĂ .
-
Maintenant, la première réponse de la Ville, je parle de la lettre
de monsieur Cholette que vous avez devant vous, lĂ , lĂ , Ă ce moment-lĂ , il vous
dit, bon, les documents de la Ville sont confidentiels, mais il vous disait,
pour le reste, l’autopsie, vous allez vous diriger Ă l’Institut de mĂ©decine
légale?
-
Exact.
-
LĂ , vous avez fait des dĂ©marches Ă l’Institut de mĂ©decine lĂ©gale?
-
Oui. J’ai obtenu. Ă€ partir de ses notes personnelles, ce n’est pas
marquĂ© sur le haut… Mais, moi, je l’ai appelĂ© par après. Il m’a envoyĂ©, lĂ ,
qu’est-ce que je lui ai demandĂ©, il me l’a envoyĂ©. Mais il y avait des dĂ©tails
qui manquaient lĂ -dessus. La journĂ©e de la mort, un paquet d’affaires comme ça.
J’ai dit ça ne se peut pas, ce n’est pas … ça fait que j’ai appelĂ© monsieur
Hould, ça m’a pris quasiment un mois Ă le rejoindre. J’ai fini par le rejoindre
au 13 janvier.
Me
Pierre Gagnon lui montra ensuite un rapport balistique daté du 9 décembre 1987
et envoyé par John Franco Cavallo, un expert en balistique du Laboratoire de
police scientifique. Il fut Ă©galement question d’une conversation tĂ©lĂ©phonique
qu’il avait eue avec le Dr Jean Hould. Jacques Dupont avait pris des notes
suite à cette conversation et au moment de référer à ces notes, Me Claude
Gagnon s’objecta parce qu’il n’avait pas consultĂ© ce document et que, par
conséquent, il ignorait ce dont on était en train de parler. Avant de régler ce
litige, le juge prit la dĂ©cision d’ajourner. Il Ă©tait 11h55.
Ă€
la reprise des audiences, Ă 13h30, les procureurs se mirent d’accord sur le fait
qu’on entendrait le tĂ©moignage du Dr Louis Roh dans l’après-midi. En reprenant
l’interrogatoire, Me Pierre Gagnon amena son tĂ©moin sur ses Ă©changes avec le Dr
Jean Hould.
-
Alors, monsieur Dupont, vous avez eu des conversations avec le
docteur Hould, est-ce que vous avez eu d’autres contacts avec le docteur Hould?
-
Oui. Lorsque … on Ă©tait supposĂ© de passer devant la Commission des
affaires sociales, le docteur Hould m’a appelĂ© la veille parce que je lui avais
envoyĂ© un subpoena; dans ce temps-lĂ , c’est moi qui dĂ©fendais ma mère, on
n’avait pas d’avocat au dossier, on n’avait pas d’argent.
-
Regardez votre avocat, intervint le juge, il veut vous poser des
questions.
-
Oui O.K., fit le témoin.
-
Regardez, reprit Me Pierre Gagnon, vous avez eu, vous dites, des
conversations téléphoniques avec monsieur Hould?
-
Une fois, oui. Une fois le 13 puis une fois par après.
-
Ça, c’est … ce que vous nous avez dit au dĂ©part, c’est que c’Ă©tait
en rĂ©ponse au rapport d’autopsie?
-
C’est ça.
-
Bon. Suite à ça, vous avez fait des démarches?
-
Oui.
-
Vous nous dites que vous avez appelé le docteur Hould?
-
Oui, c’est cette fois-lĂ , ici.
-
Bon, o.k. Par la suite, est-ce que vous l’avez rencontrĂ©?
-
Oui, je l’ai rencontrĂ©. Au mois d’aoĂ»t.
-
Bon. Alors, expliquez-nous dans quelles circonstances vous l’avez
rencontrĂ©, lĂ ? D’abord, Ă quel endroit?
-
Je l’ai … j’ai appelĂ© le docteur Hould … et puis je lui ai demandĂ©
des renseignements supplémentaires suite à cette autopsie-là ?
-
Oui?
-
Un moment donnĂ©, j’ai dit : « Il faudrait que je vous
rencontre ». Ça fait qu’il m’a dit, o.k. Ça fait qu’on s’est rencontrĂ© au
mois d’aoĂ»t 91.
-
Ă€ quel endroit?
-
Ă€ l’Institut mĂ©dico-lĂ©gal.
-
Bon. Qu’est-ce qui se passe lors de cette rencontre-lĂ ?
-
Bon, lĂ , lĂ , quand qu’on est arrivĂ© Ă l’Institut mĂ©dico-lĂ©gal,
c’est le docteur AndrĂ© Lauzon qui nous a reçus. Ça fait que, lui, j’avais dĂ©jĂ
parlĂ© au tĂ©lĂ©phone avec … dans le temps, lĂ , quand qu’on faisait nos recherches
puis il s’expliquait mal qu’il manque pas mal d’Ă©lĂ©ments dans ce dossier-lĂ
puis que l’autopsie originale Ă©tait disparue. Ça fait que, lĂ , j’ai dit :
« On peux-tu en discuter? » Parce que c’est lui qui m’a reçu. Le
docteur Hould, lui, n’Ă©tait pas disponible, tout de suite, sur le coup.
« Ah! Il dit, c’est vous autres, la famille, il dit, il y a eu pas mal de
monde qui a passĂ© dans ce dossier-lĂ . J’ai dit, oui, c’est nous autres, on s’en
vient rencontrer le docteur par rapport Ă des interrogations qu’on se pose.
Suite à ça, il l’a appelĂ© en bas, le docteur Hould est arrivĂ©. Il Ă©tait après
faire une autopsie, je suppose, il avait la chienne
[sarrau] pleine de sang. Il l’a accrochĂ©e lĂ , il a pris une autre chienne blanche puis on s’est en allĂ©
dans son bureau. Là , suite à ça, la pression était élevée un peu puis quand que
… le docteur Hould, quand qu’il a vu, au boutte
d’une quinzaine de minutes on … je posais tout simplement des questions;
j’avais mon rapport qu’il m’avait produit en 87 puis il avait le sien. Ça fait
que je lui posais des questions sur les entrées puis, un moment donné, il
parlait de sept, huit millimètres du sternum. Je disais : « C’est-tu
une autre plaie, c’est quoi? Il dit, non, c’est la mĂŞme, il dit, quand qu’on
rouvre, là , je te décris la plaie en surface, après ça, je te décris à mesure
que je m’en vais par en-dedans puis que … » Bon, moi, je ne suis pas docteur,
lĂ , j’essaie … ça fait que, lĂ , je lui demandais les … sur la … j’ai dit :
« Vous dites qu’il Ă©tait en bon Ă©tat de conservation. Ça fait-tu ben
longtemps qu’il est mort? » Ben, lĂ , lĂ , c’est … un moment donnĂ©, j’ai
dit : « Ouais, mais lĂ … », on jasait, j’Ă©tais après lui poser
des questions; ma femme était assise à côté puis mon garçon était en arrière.
Un moment donnĂ©, il a levĂ© une pile de documents, lĂ , de dossiers qu’il y avait
lĂ , des feuilles. Ma femme, elle, qui est lĂ , moi, moi, je m’occupe des
questions, elle dit : « Docteur, c’est quoi ça? » Une grande
enveloppe brune. Il dit : « c’est des photos, vous ne les avez jamais
vues? Elle a dit non ». Moi, je ne m’en occupe pas de ça, lĂ , je suis
occupĂ© Ă poser des questions. Ça fait qu’il les montre Ă ma femme. Ça fait que,
lĂ , elle est Ă cĂ´tĂ©, elle me donne un coup de coude. « Qu’est-ce qu’il y
a? Elle dit, ce n’est pas ton père, ça. J’ai dit oui. » Parce qu’elle a
tombé sur la première photo, sur la photo de la figure. Elle dit :
« ce n’est pas ton père ça ». Eux autres, ils ne l’ont pas vu, eux
autres quand qu’il … c’est moi qui l’a identifiĂ©. Quand qu’ils l’ont vu, eux
autres, dans le cercueil, il Ă©tait comme avant, il Ă©tait ben arrangĂ©, toute, lĂ . Le gars a Ă©tĂ© exposĂ© trois jours, c’Ă©tait
très bien … ils l’ont ben arrangĂ©. Ça
fait que j’ai dit oui. Puis, lĂ , j’ai vu les autres photos, le dos, que je
n’avais jamais vu puis le devant, dĂ©shabillĂ© lĂ . Ça fait que, lĂ , je dis au
docteur : « Ça ne marche pas, ça, regardez-moi donc ça, la balle
rentre dans le dos, ça n’a pas de maudite allure, on voit ben que c’est comme
ça. »
-
Vous dites qu’Ă ce moment-lĂ …
-
Ça confirmait mes doutes.
-
Vous dites, Ă ce moment-lĂ , que vous avez vu des photographies?
-
Oui.
Son
avocat lui fit identifier les photos en question. Le témoin ajoutera que la
photo du dos de son père était celle qui avait retenue son attention.
-
Bon, reprit Me Pierre Gagnon, après avoir pris connaissance de ces
photos-lĂ , qu’est-ce qui se passe?
-
J’ai continuĂ© Ă poser quelques questions au docteur. Et puis, un
moment donnĂ©, je revenais tout le temps, j’ai dit : « Oui, mai[s] ça,
le dos lĂ , ça ne marche pas ». LĂ , un moment donnĂ©, le docteur Hould s’est
levĂ© … je peux-tu faire les pas qu’il a faits?
-
Allez-y, lui permit le juge St-Julien.
-
Il a fait Ă peu près quatre, cinq pieds comme ça, il s’est penchĂ©.
« Ă€ moins que ça serait comme ça. » C’est ça qu’il a rajoutĂ©. On a
continuĂ© parce qu’il m’a accordĂ© quand mĂŞme au-dessus de deux heures et demie
dans l’après-midi. Ă€ la toute fin, quand qu’on s’est quittĂ©, il nous a serrĂ© la
main puis, lĂ , ben, il dit : « Ça me fait de la peine, ta mère, elle
n’a rien eu, elle a tout perdu, elle n’a rien, c’est Ă©pouvantable. Ça ne sent
pas bon puis je vous encourage Ă continuer. Bonne chance! »
-
Par la suite, je comprends que vous avez obtenu ces photos-lĂ ?
-
Oui. On l’a demandĂ©, dans la mĂŞme journĂ©e, si on pouvait avoir au
moins une photo. Il nous a dit : « Non, je ne peux pas vous donner
ça, on n’a rien qu’une copie. Par contre, vous faites une demande, vous pouvez
faire une demande, je ne pense pas que ça vous serait refusé, votre dossier est
dĂ©jĂ ouvert, on vous a dĂ©jĂ fait parvenir un rapport d’autopsie en 1987 puis la
balistique. » C’est ce que j’ai fait. J’ai fait parvenir une demande
d’accès en demandant les photos. Ils m’ont fait parvenir quatre photos. Je lui
avais écrit une lettre là -dessus là de trois pages, que je le remerciais, puis
toute, de sa collaboration. Mais je les voulais ces photos-lĂ , moi. J’ai Ă©tĂ©
chanceux, je les ai eues.
C’est
alors qu’on interrompit le tĂ©moignage de Jacques Dupont pour installer le Dr
Louis Roh dans la boîte des témoins. Nous poursuivons toutefois le témoignage
du fils aîné et nous verrons le témoignage du Dr Roh au chapitre suivant.
Réflexion conclusive
Le témoin a brièvement mentionné
l’existence d’appels anonymes. Tout au long de l’enquĂŞte tenue devant le juge
St-Julien, ce dĂ©tail n’a pas Ă©tĂ© exploitĂ© plus en profondeur. Il faudra
attendre la Commission d’enquĂŞte publique pour en savoir davantage.
Quant à ses interprétations sur
des dĂ©tails relevĂ©s sur le corps au moment de l’identification, gardons Ă
l’esprit que les experts des deux parties ne s’Ă©taient toujours pas prononcĂ©s
sur des détails qui, après tout, relevaient de leur compétence.
Quant Ă sa critique sur la
soi-disant pauvreté du contenu du rapport du coroner, il faudra plus tard se
demander, pour fin de comparaison, Ă quoi ressemblent les autres impliquant des
suicides pour la même époque. Or, en consultant les enquêtes de coroner de
cette même époque préservées à BAnQ, on constate que ces enquêtes sont pour la
plupart succincts.
Quant au lieu oĂą s’est dĂ©roulĂ©
cette enquête au début de décembre 1969, Jacques Dupont présentait son
argumentation comme suit : « ce n’Ă©tait pas public, c’Ă©tait privĂ©
ça ». Or, Ă cette Ă©poque, les enquĂŞtes de coroner Ă©taient publiques. Ce
n’est pas l’apparence du lieu qui fait qu’une enquĂŞte est publique ou non.
D’ailleurs, le fonds des enquĂŞtes de coroner sont toujours publics au moment
d’Ă©crire ces lignes.[3]
Quant Ă l’homologation du rapport
du coroner, nous référons à un article publié le 2 décembre 2019[4] et qui
dĂ©montre que cette allĂ©gation expose les limites de la recherche effectuĂ©e Ă
l’Ă©poque par les Dupont. En fait, le coroner Chartier n’Ă©tait pas le seul Ă la
fin des années 1960 à ne pas remplir cette partie du formulaire. Nous
reviendrons plus en détails sur cette question au cours du chapitre consacré au
témoignage que Marcel Chartier a rendu en 1996 devant la Commission
Lacerte-Lamontagne.
[1]
Tout comme dans le tĂ©moignage de Jeanne d’Arc Lamy, le nom inscrit Ă l’origine
dans les transcriptions est Georges Gendron. Le prénom a été rayé par un membre
de la famille Dupont et remplacé par celui de Jacques. Il est vrai de dire
qu’il s’agissait de Jacques Gendron, mais cette modification tend Ă masquer les
mots qui ont été prononcés sous serment devant le juge St-Julien. Donc, puisque
les transcriptions ont une valeur légale, il faut prendre en considération que
le témoin Jacques Dupont a fait mention de ce personnage en utilisant de
manière erronée le prénom de Georges.
[2] À
cette époque, le quartier général de la SQ pour la région de Trois-Rivières se
situait sur la rue Latreille, au Cap-de-la-Madeleine.
[3]
Depuis un incident survenu en août 2018 et qui a atteint les médias
traditionnels, un moratoire a Ă©tĂ© Ă©mis sur les enquĂŞtes de coroner prĂ©servĂ©es Ă
BAnQ. Seuls les rapports finaux peuvent être consultés par le public en ce qui
concerne les enquĂŞtes tenues entre 1960 et 1986. Au moment de la parution du
présent texte, il est possible que ce moratoire ait été maintenu ou levé.
Néanmoins, retenons que si les enquêtes de coroner sont publiquement
accessibles c’est une preuve de la transparence de nos institutions.


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