Louis-Georges Dupont: La CPQ de 1969

 

               Il existe vraisemblablement deux manières de voir la position du conseiller Gaston Vallières. D’un côté, il y a la réputation de celui qui a voulu « faire le ménage », et de l’autre l’homme qui a peut-être contribué à salir l’image de la police de Trois-Rivières. Rappelons-nous qu’au printemps 1969 tous les détectives du poste no. 1, y compris Louis-Georges Dupont, s’étaient réunis pour lui intenter une poursuite.

               Les transcriptions sténographiques de l’enquête de la Commission de police du Québec de 1969 ont été détruites en 1977 afin d’économiser de l’espace physique dans les voûtes des archives nationales. Cette perte nous oblige à nous tourner vers le procès-verbal et les articles de journaux afin de tenter une reconstitution qui, espérons-le, pourra nous éclairer davantage.

Mardi, 12 août 1969

               Les audiences de la CPQ se sont ouvertes le 12 août 1969 au palais de justice de Trois-Rivières. L’enquête était présidée par le juge Roger Gosselin et le commissaire Gérald Tobin. Me Raymond Boily était procureur de la CPQ. Me Gaston Gamache et Me Guy Lebrun représentaient l’Association des policiers et pompiers de Trois-Rivières. Quant à Me Jean Méthot et Me Lucien Comeau, ils défendaient les intérêts de la Corporation de la Cité de Trois-Rivières. Le rôle de la CPQ était d’enquêter sur l’organisation, la formation et l’administration du corps policier.



Figure 1. Le juge Roger Gosselin, à gauche, et le commissaire Gérard Tobin.

               Le tout premier témoin appelé fut le greffier Georges Beaumier, 56 ans. Il semble que sa présence à la barre ait principalement servi au dépôt de documents, tels des résolutions d’embauches concernant les détectives, incluant Louis-Georges Dupont. Ainsi, on présume que Dupont était sous enquête, au même titre que ses collègues.[1]

               Le directeur J. Amédée Delage fut ensuite entendu pour déposer en preuve d’autres documents, dont des rapports, et une formule « autorisant perquisition maisons de débauche ». En après-midi, un huis clos fut accordé à Me Boily et le public dut quitter la salle. Soulignons seulement au passage que les huis clos, comme le phénomène des documents manquant ou détruit, suscite souvent chez le public une réaction exagérée, à savoir d’imaginer les pires choses. Toutefois, les huis clos servent également – et probablement la plupart du temps – à protéger l’identité de certaines personnes ou des renseignements personnels.

               Après l’apparition du sergent Guy Poisson, le directeur Delage fut rappelé à la barre avant qu’on ajourne de 15h00 à 20h15. À partir de là, on entendit le conseiller municipal Gaston Vallières. Un autre huis clos fut prononcé, mais cette fois en obligeant Jean-Marie Hubert et Paul Dallaire à rester dans la salle pour entendre ce que l’échevin avait à dire. C’est donc dire que le contenu du témoignage de Vallières les concernait.

               C’est le journaliste Jean-Paul Arsenault qui nous en donne un aperçu de ce qui a été dit ce soir-là. Le lendemain, il écrivait que, interrogé par Me Boily, Vallières « a mis toute cette affaire en branle par ses déclarations fracassantes du mois de mars dernier, a raconté comment lui était venu la décision d’agir comme tel. D’abord a-t-il dit, des remarques m’avaient été faites par d’autres conseillers et par le public, concenant [sic] la Moralité chez nous. Puis survinrent deux comptes de dépenses présentés par les détectives de ce secteur, document parfaitement identique …$55 chacun pour un mois d’opération! »[2] Or, ces dépenses n’étaient pas détaillées, et arriva « en novembre 1968, l’éclatement de la bombe approche, une première visite est faite au domicile du conseiller Vallières. Le président de l’Association des Policiers et Pompiers de Trois-Rivières, le sergent Herman Thibeau vient y discuter de l’administration du corps de police. Son hôte, M. Vallières, lui souligne qu’il désire annoncer une enquête sur la section Moralité. Le policier lui répond que le conseil de ville est là justement pour agir … « S’il faut faire le ménage je le ferai! » lui répond le conseiller. Nous sommes encore en 1968, en novembre, mais déjà l’enquête pointe à l’horizon… »[3]


               À la fin du même mois, Vallières reçut la visite de Paul Dallaire, « qui a lui-même demandé à être entendu. Notre rencontre a durée environ une demi-heure, se souvient le conseiller. « Il m’a décrit la manière employée par ses collègues relativement aux prostituées! » Il m’a aussi dit que lui-même contrôlait les filles de joie en permettant que six, huit ou douze d’entre elles opèrent dans chaque établissement selon son importance… Que c’était là la meilleure méthode pour contrôler la prostitution! ». »[4]

Dallaire lui aurait également confié son souhait de ne plus travailler avec certains individus en particulier mais qu’il était désormais trop impliqué. Quant à sa façon de procéder avec les prostituées, Dallaire possédait leurs adresses, les suivait et « exigeait d’elles un examen médical périodique lorsqu’elles comparaissaient en Cour! ».[5]

               Vallières aurait fait sa propre petite enquête, au point de se rendre, en novembre 1968, dans trois des établissements visés. Dans le dernier, il crut avoir été reconnu. « Il faut dire qu’aux deux premiers établissements, qui n’ont pas été nommés en Cour, l’échevin était seul. Pour le troisième, inconnu lui aussi, il avait cru bon de se faire accompagner d’un copain. […] Lors de ces trois « sorties », le conseiller a constaté qu’il « pouvait » se faire du racolage à ces endroits et que les prostituées attendaient les offres. « Êtes-vous bien sûr qu’il s’agissait de prostituées? Mon copain me l’a dit, s’est souvenu M. Vallières. « L’une d’elles m’avait même demandée de lui payer une consommation… »[6]

               Pour sa part, La Presse retint de cette première journée d’enquête que le directeur Delage « ignorait totalement ce qui se passait au sein de la Sûreté municipale et que les seuls contacts qu’il avait avec son bras droit, le capitaine Georges Gagnon, se faisaient par téléphone. […] M. Delage a également déclaré que personne à la sûreté ne travaillait en fin de semaine, hormis en de rares circonstances. Donc aucune surveillance ne s’effectuait dans les clubs de nuit et dans les hôtels de la ville du vendredi soir au lundi matin. À la question du juge Gosselin : « L’escouade composée de neuf détectives est-elle efficace? », le directeur de la police a répondu : « Je l’ignore et je n’ai pas cherché à le savoir. » Une autre question fut posée : « Qui est responsable de l’escouade de la Moralité? » Réponse : « Le sergent Paul Dallaire, mais je ne sais pas depuis combien de temps, peut-être depuis 2, 3 ou 4 ans. Je l’ai rencontré en une seule occasion à la suite d’une plainte alors qu’il était chargé de contrôler les femmes de petite vertu. Notre entrevue a duré trois ou quatre minutes. Je lui ai demandé de changer sa façon de travailler auprès des prostituées. Lorsque le juge lui demanda si Dallaire avait changé sa façon de travailler par la suite, M. Delage a dit : « Je n’ai pas vérifié, ça ne m’est pas venu à l’idée. » »[7]

               Le directeur Delage aurait également admis ne jamais avoir tiré avec une arme de poing et n’avoir suivi aucune formation de perfectionnement.

13 août 1969

               La seconde journée d’audiences vit le greffier Beaumier venir déposer d’autres documents avant que Gaston Vallières soit rappelé. Beaumier déposa des documents démontrant que « l’établissement Jeannine Spaghetti House ne possédait aucun permis de vente d’alcool. On déposa également les permis de la Régie des Alcools accordés à Gustave Richer pour l’Hôtel des Trois-Rivières Ltée, à Antoine Vézina pour l’Hôtel Manoir Laviolette, à Albert Guimond pour l’Hôtel Bonaventure, à Pierre Pagé pour l’Hôtel St-Louis, à Joseph T. « Joe » Guay pour le Club St-Paul, à Robert Perreault pour le Miche No 1 et à Mme Yvette C. Lafond pour la Taverne St-Georges. »[8]

               Le lendemain, dans Le Nouvelliste, on rapporta quelques détails quant aux paroles lancées par Vallières devant la CPQ. Entre autres, il aurait dit : « J’ai été provoqué avant de faire ma déclaration au mois de mars ».[9] Ce fut ensuite à Me Gamache de l’interroger : « L’avocat a premièrement demandé à M. Vallières quelle origine pouvait avoir la discussion du 17 mars, celle qui devait précéder la fracassante déclaration. « Je n’en connais pas », a riposté le conseiller municipal. « Mais vous avez été provoqué par qui? l’a-t-on sommé de déposer… « Par le secrétaire de l’Association des Policiers, M. Gaston Laliberté! » »[10]

               Pour continuer le récit de cette soirée du 17 mars 1969, on rappela le conflit de travail tournant autour du fait que le contrat était expiré depuis le 31 décembre 1968. « Suite aux négociations, il fut question de prostitution à Trois-Rivières. Il fut question aussi de plaintes enregistrées par M. Vallières. Des plaintes de serveuses de restaurant à qui on demandait de monter à bord d’automobiles. Les faits se précisaient laissant présager le dénouement tout proche … Relativement aux doléances des serveuses, telles que mentionnées par le conseiller Vallières pendant l’échange verbal avec le secrétaire Laliberté de l’Association des Policiers, l’échevin a soutenu qu’il lui avait été répondu : « Oui, et quand on ne le fait pas … Ça les choque! » C’est à cet instant, de souligner le témoin Vallières que le président de l’Association, M. Herman Thibeau est intervenu pour trancher : « Au lieu de laver ce linge sale avec les journalistes, il serait préférable de siéger en comité! » La discussion allait atteindre son point culminant avec la remarque fait par le secrétaire Laliberté à l’intention du conseiller Vallières : « Il m’a dit que je ferais un bon détective dans la prostitution! » »[11]

               C’est cette réplique qui, apparemment, avait poussé Vallières à choisir l’avenue de la dénonciation en plus de déclarer que la prostitution était florissante à Trois-Rivières et qu’elle était supportée par certains membres de la police.

               Quant au témoignage de Beaumier, Le Nouvelliste revint brièvement sur la question en soulignant que sa présence avait servi à analyser la question des permis et « de constater un état de choses qui a quelque peu surpris les représentants de la Commission de Police. L’auditoire aussi en est demeuré perplexe. M. Beaumier venait tout juste de renseigner le tribunal que chacun des documents devaient être en force « au début » de l’année. Or, pour celle en cours, six seulement des permis de cette nature sont valables : les autres, au nombre de cinq ne semblent pas avoir été renouvelés à date. Et nous en sommes au mois d’août. »[12] Sous serment, Beaumier aurait affirmé que c’était la première fois que cela se produisait.

               Parmi les pièces déposées en preuve, on retrouvait un document concernant « la taxe d’affaires pour 1968 payée par Gino Spaghetti, propriété de Pierrette Monique, et le permis de tenancier de la Taverne St-Georges située au 226 de la rue St-Georges à Trois-Rivières pour l’année 1968 ».[13]

Par la suite, il semble que le témoin le plus important de cette deuxième journée fut un dénommé Roger Dion, 50 ans, décrit comme un journalier à l’emploi de la ville. Cette fois, on obligea les détectives Paul Dallaire et Lawrence Buckley à demeurer dans la salle pour entendre ce témoignage. Selon Photo-Police, Dion « aurait assisté au cours de l’année 1966 et de l’année 1967 à la remise de pots-de-vin à deux détectives de la force constabulaire de Trois-Rivières. »

Dion raconta avoir travaillé durant plusieurs années à un kiosque de roue de fortune à laquelle on invitait les gens à effectuer des mises allant de 0.25$ à 5.00$. Dion y était considéré comme sticker, c’est-à-dire une personne qui se faisait passer pour un client afin de laisser aux autres l’impression qu’ils pouvaient gagner plus aisément. Toutefois, selon le témoignage de Dion, personne n’a jamais rien gagné autour de ce kiosque. Un client se serait même fait flouer d’une somme de 600$. En contrepartie, Dion fut incapable de fournir le nom du propriétaire du kiosque.

               Il dira avoir vu son patron remettre deux billets de 20$ en 1967 « à un autre employé du même kiosque pour aller les remettre à deux policiers qu’il identifie, et ajoute qu’au cours de l’année 1966, il a vu la même chose se produire mais il n’identifie que l’un des deux policiers à qui, au cours de 1966, de l’argent aurait été remis. »[14]

               Le lendemain, Jean-Paul Arsenault écrivait que « Le silence le plus complet s’est fait en Cour, tous n’avaient d’oreilles que pour la déposition d’un employé de la cité de Trois-Rivières, M. Roger Dion. Tous y compris le procureur de l’Association des Policiers, Me Gaston Gamache qui a immédiatement demandé le huis clos. « Le public ne doit pas savoir, d’invoquer Me Gamache, ce qui ne servirait qu’à ternir la réputation d’un tel ou d’un tel … Nous ne sommes pas au procès. » […] Le juge Roger Gosselin, président du tribunal a tranché le litige en ces termes : « Le huis clos n’est pas prononcé, mais les noms qui seront mentionnés ne devront pas être publiés par la presse… ». »[15]

               De plus, un témoin âgé de 20 ans, dont le nom ne fut pas mentionné tout de suite, est venu dire sous serment : « J’ai rencontré un détective sur la rue et lui ai remis $200 pour arranger ma cause! […] Voici ce qu’il avait à dire, du moins ce qu’il nous a été possible d’écouter avant l’imposition du huis clos à la fin de sa déposition. Il faut dire qu’au terme de son témoignage, le jeune témoin a mentionné au juge Gosselin qu’il serait « plus à l’aise » pour parler si la salle était évacuée. Ce qui fut fait à l’instant par le magistrat. »[16]

               Une plainte avait été déposée contre ce jeune homme le 9 décembre 1968 et un jugement avait été prononcé le 28 janvier 1969. Toutefois, on comprend que ce jugement était attendu pour le 28 juillet 1969. Sa rencontre avec le détective, qui se serait faite « par hasard » près du rond-point, mettait en scène le détective qui « était en auto et c’est moi qui lui a fait signe de s’arrêter, avoue le témoin condamné en janvier à $150 d’amende ou trois mois de prison pour une cause inconnue pour l’instant. La durée de la rencontre? Cinq à dix minutes, raconte le jeune homme. »[17] En fait, ce pots-de-vin était destiné à accélérer le processus de sa cause entendue devant la Cour du Bien-être social.[18]

               Le procès-verbal nous permet d’identifier ce jeune témoin comme étant Denis Blais, dont l’occupation est mentionnée comme « checker pour la voirie ». Quant au détective visé par ses propos, on y soulignait que « l’huis clos est prononcé pour la dernière partie du témoignage de Denis Blais, à l’exception de M. Hubert qui demeure présent ».[19]

Toujours selon le procès-verbal, « Mme Denise Blais, née Filion, 43 ans[20], la mère du jeune témoin, est apparue elle aussi devant la CPQ. Elle se décrivit comme une secrétaire de la Croix-Rouge habitant au 717 rue Chamflour, à Trois-Rivières. Pendant que les détectives Clément Massicotte, Fernand Thibeault, Jean-Marie Hubert, Paul Dallaire et Lawrence Buckley assistaient à son témoignage, la mère dira avoir vu dans la chambre de son fils une importante liasse d’argent.[21]

               De plus, une « ordonnance est rendu par le juge Gosselin à Norman Burns, Claude (alias Plume) Laplante et Pierre Bouchard d’être exclus de la salle des audiences pendant le déroulement de la présente enquête, de même que l’accès au palais de justice leur est fermée et il leur enjoint de ne pas tenter de parler directement ou indirectement à quelques témoins pouvant être assigné au cours de la présente enquête. À défaut de quoi ils seront passibles de mépris de Cour. Ces trois personnes durent quitter immédiatement le Palais de Justice. »

               Photo-Police n’hésita pas une seconde à mentionner que Burns, Laplante et Bouchard étaient connu « des milieux interlopes de Trois-Rivières » et qu’ils avaient quitté la salle en riant. La Presse n’a rien rapporté à propos de cet incident, mais a tout de même souligné que « le trésorier de la ville, M. Jacques Charrette, a laissé entendre que jamais de notes explicatives n’accompagnaient les comptes de dépenses des détectives affectés à la moralité. »[22]

14 août 1969

               Au matin du 14 août, « Dès la reprise des procédures hier matin, Me Guy Lebrun procureur de l’Association des policiers et pompiers s’en est pris violemment à un compte-rendu diffusé par un médium d’information de notre région. Énergiquement, ne mâchant pas ses mots, l’avocat a mis le juge Roger Gosselin au courant du fait suivant : la veille, il avait entendu, au cours d’un bulletin de nouvelles télédiffusé, le speaker annoncer que des faits avaient été prouvés au cours des témoignages de la journée. Indigné, Me Lebrun a mis la Commission de Police en garde face à cet état de choses… « Rien n’a encore été prouvé, a lancé l’avocat. On témoigne, on dépose, il y aura des contre-interrogatoires : mais aucun fait n’a encore été prouvé à ce stage! » »[23] Ainsi, le juge Gosselin avait aussitôt conseillé aux journalistes de s’en tenir à ce qui était dit en Cour.

               La crédibilité de certains témoins aurait été problématique puisque Me Lebrun demanda à ce qu’on puisse consulter les dossiers judiciaires de plusieurs d’entre eux « pour démontrer la valeur des témoignages à l’intention du public… »[24] Toutefois, en se justifiant par le fait que la présente enquête n’avait pas juridiction sur ces antécédents, le juge Gosselin rejeta cette requête.

La CPQ entendit alors le témoin Irène Paquet, 26 ans, épouse d’Armand Brière. Dans le procès-verbal, on peut lire que « Messieurs Hubert et Dallaire sont présents au cours de la première partie du témoignage. Monsieur Dallaire seul est présent pour la continuation du témoignage. »[25]

Le nom d’Irène Paquet n’a pas été publié dans les journaux, mais par le procès-verbal on en déduit que c’est à elle que référait l’article de Jean-Paul Arsenault. En rapportant les paroles de la jeune femme, celui-ci écrivait : « Je sortais avec des gens pour de l’argent! C’était, hier, le témoignage d’une fille publique […]. « Je pratiquais la prostitution dans un hôtel de Trois-Rivières! Les premiers mots étaient lâchés, le reste allait être long, très long. Stupéfiant même. Pour l’information du public, comme l’avait fait remarquer Me Guy Lebrun avant le questionnaire, précisons qu’il s’agit toujours de témoignages, de dépositions et que rien n’est prouvé au stage actuel de l’enquête. […] Un certain soir, le témoin était arrivé à Trois-Rivières depuis deux semaines, elle raconte qu’un membre de la Sûreté, membres de l’escouade de la Moralité, lui a demandé ses noms, adresses et lieur d’origine. « Il m’a aussi demandé mes papiers médicaux … Je ne les avais pas! « Va passer un examen et tu me les montreras, lui aurait répondu le limier de la Moralité. »[26]

Par la suite, ce furent les autres prostituées qui l’avaient mis au courant des règles locales. Par exemple, elles ne pouvaient pas changer de lieu de travail et elles devaient se présenter pour 14h00 et rester le plus tard possible. En contre-interrogatoire, elle avait admis que c’est un employé de l’hôtel qui l’avait mis au courant des règlements et non le détective en question. « Le témoin a révélé une visite à un autre détective pour lui faire part de ses déboires. Un autre limier venait d’être mentionné en Cour. Puis revenant au premier détective, elle a dévoilé à la surprise de tout le monde : « Il m’a demandé de lui donner un petit pourcentage de mes bénéfices… Je n’avais plus « d’ami » alors … Pas question de verser quoi que ce soit quand même! La fille publique de 1967 refusait selon sa version, de partager ses gains. Huis-clos absolu! L’interrogatoire suivant nécessita encore l’expulsion de tout le monde à l’extérieur de l’enceinte de la Cour … »[27]

Après s’être absenté de Trois-Rivières durant deux mois, la jeune femme s’était vue refuser l’accès à l’établissement où elle avait l’habitude de travailler. « Il y avait là, au bar en question, selon la fille : un garçon de table et le détective. Les deux hommes se renvoyaient la balle à savoir qui « débarrerait » l’expulsée de l’hôtel. « Le détective a finalement dit qu’il essaierait de me faire entrer et est sorti à l’extérieur pour environ quinze minutes ». De retour à l’intérieur du bar, le policier aurait fait part à la demoiselle anxieuse de reprendre son « travail » : « Tu iras travailler là, demain! Elle était « débarrée ». »[28]

 Après l’heure du dîner, on demanda au public de sortir alors que les journalistes se sont vu imposer des restrictions. Ensuite, Mlle Fernande Turgeon, 45 ans, protonotaire à la Cour supérieure, produisit les déclarations sociales de J. Gustave Richer, hôtelier de l’Hôtel des Trois-Rivières; Joseph Guay du Club St-Paul; J. Antoine Vézina du Manoir Laviolette; Léon Pagé de l’Hôtel St-Louis; et Albert Guimond de l’Hôtel Bonaventure. C’est ensuite que témoigna le directeur Delage.

               En fait, Delage a dut admettre qu’il n’avait pas rencontré son état-major en 1968 et 1969. « Pour bien se situer, mentionnons que cet état-major se compose d’environ 28 policiers, c’est-à-dire du grade de sergent, en passant par ceux de lieutenant, capitaine, assistant-directeur et … directeur. »[29] Jusqu’en 1967, il expliqua que l’état-major se réunissait « à l’occasion » afin de discuter de différents points. À une certaine époque, avoua-t-il, ces rencontres s’effectuaient hebdomadairement. « On a bien essayé, de dire M. Delage, le bureau du directeur, mais la chaleur et l’exiguïté des lieux étaient insupportables. « J’ai discontinué ces réunions », a témoigné le chef de police … »[30]

               Lorsque Me Boily lui demanda de décrire une journée de travail, Delage expliqua qu’il commençait vers 7h45 en dépouillant son courrier, suivait la rédaction des réponses; vers 9h00 il recevait la visite des capitaines des trois postes de police distribués à travers la ville pour la répartition des rapports de la veille, y compris ceux de la nuit. « Et l’officier de l’escouade des motocyclettes, lui demande le commissaire Tobin, prend-il part à ces réunions? Non le renseigne le directeur. Et le capitaine Gagnon de l’escouade des détectives? Non plus! Le directeur Delage est alors sommé d’expliquer pourquoi son capitaine de la section des détectives ne prend pas part aux réunions quotidiennes, par le commissaire Tobin. « Le capitaine Gagnon, informe le chef, doit vitement prendre connaissance des plaintes le matin pour amorcer rapidement ses enquêtes. « Autrement, d’ajouter le directeur, son travail s’en trouverait trop retardé. »[31]

               Il fut aussi question que si le capitaine Gagnon devait le voir pour résoudre une situation, il pouvait se rendre à son bureau ou lui téléphoner. Delage estima le nombre de ces contacts entre lui et le capitaine Gagnon à deux ou trois fois par mois.

               Après le passage de Delage, on fit revenir Irène Paquet afin de produire en preuve une photo de Denise Carole, alias Denise Côté, et une autre d’une certaine Kathy. Denise Côté, 33 ans, décrivit son occupation comme « bar maid, sans emploi ». Elle habitait au 855-B de la rue Ste-Cécile et elle demanda la protection de la Cour. Peu après, Irène Brière fit la même demande.

15 août 1969

               Ce matin-là, dans son article paru en première page, Arsenault écrivit que « La Commission de police ne siégera pas aujourd’hui. Les séances ont été ajournées à la semaine prochaine ».[32] Pourtant, selon le procès-verbal, quelques témoins ont été entendus ce jour-là. C’est sûrement une erreur, puisqu’au matin du 16 août c’est encore Arsenault qui relatait les faits de la veille, soit de la journée du 15.

D’après le procès-verbal, on a entendu Jean-Marie Hubert, suivi de trois policiers de Montréal. Le premier d’entre eux était Raymond Laframboise, 28 ans. La CPQ interdit aux journalistes de reproduire publiquement les noms mentionnés par celui-ci. Les deux autres policiers montréalais étaient Roland Clermont et Jacques Laurin. Selon Photo-Police, l’un des policiers de Montréal était venu enquêter au sujet d’un détective de l’escouade de la Moralité de Trois-Rivières. Ce dernier lui aurait confié qu’officiellement 37 filles de joie « travaillaient » à Trois-Rivières. Selon le système mis en place, la nouvelle fille était tolérée durant un mois, après quoi elle devait respecter les règles locales, ce qui lui permettait de poursuivre ses affaires sans le moindre problème.[33]

Sans pouvoir fournir le nom, Arsenault révéla que le policier de Montréal, qui « conduisait lui-même une enquête et s’était informé à un des membres de l’escouade trifluvienne des différentes procédures employées ici, concernant comme on s’en doute bien … la prostitution! Le témoin d’hier, qu’on nous a laissé écouter moyennant que les noms des établissements et des personnes impliquées ne soient pas dévoilés au public, a littéralement électrisé l’assistance par sa déposition. Celle-ci avait trait au contrôle des filles publiques à Trois-Rivières. Le témoin a fait part au juge Gosselin et au commissaire Tobin que les renseignements dont il avait possession lui ont été communiqués le 5 décembre 1967, lors de sa rencontre avec les limiers trifluviens. »[34]

Si ce policier connaissait les rouages de la prostitution trifluvienne depuis décembre 1967, pourquoi ne pas avoir parlé plus tôt si la situation était aussi grave qu’on le prétendait?

Et, justement, quelles étaient ces révélations? Arsenault nous en donne un aperçu : « « On m’a dit…! Une fois par mois les filles étaient mises en état d’arrestation. Elles devaient alors déposer un cautionnement de cent dollars pour être immédiatement libérées sans examen médical. Elles ne comparaissaient pas à la Cour à la suite de cet « arrêt forcé » de travail. Vu qu’elles étaient absentes la journée de leur comparution, on confisquait le montant déposé et … c’est le retour au boulot. Encore une fois, la foudre s’abattait en Cour avec cette déclaration… « Il y avait une entente entre le service de Police et la Cour! … Le but du policier montréalais étant de questionner un souteneur trifluvien, il se fit conduire par un homologue trifluvien dans plusieurs établissements de notre ville. Ceci se passait le 5 décembre 1967. « Il me présentait, a témoigné l’agent de la métropole, parlant de son guide de notre corps de police, et je questionnais les personnes… » À ce moment, Mes Guy Lebrun et Gaston Gamache écoutaient on ne peut plus attentivement les propos du limier. Puis : « Celui que je questionnais regardait le détective … Sur un signe de tête de ce dernier il répondait à mes questions, sinon … Pas de réponses! » C’en était trop pour les deux procureurs de l’Association des policiers. D’un bond ils étaient sur pieds tous les deux et … « Va-on [sic] admettre ce genre de preuve dans cette enquête? Et les deux compagnons du témoin qui sont dans la salle et écoutent depuis vingt minutes », d’ajouter Me Lebrun… « Qu’en fait-on? » Derrière nous, les policiers de Trois-Rivières réagissaient eux aussi. À mi-voix certes, mais on sentait quand même leur mécontentement… Lajournement [sic] pour la journée vient mettre un terme aux débats qui s’annonçaient orageux. Mercredi prochain, le même témoin sera questionné cette fois par les avocats de l’Association des policiers… »[35]

               Il a été dit que les détectives, c’est-à-dire Dupont et ses collègues, avaient subi beaucoup de pression et que plusieurs enquêtes s’étaient accumulés pendant les audiences de la CPQ, ce qui aurait justement contribué à rehausser le niveau de stress chez Dupont. Dans Le Nouvelliste du 16 août 1969, pendant qu’Arsenault tentait de raconter les faits entourant la comparution de Jean-Marie Hubert de la veille, sans trop dévoiler des détails et noms, un article de Roger Noreau soulignait que quatre bandits avaient commis un braquage à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite, ce qui leur avait rapporté 4 000$. Le vol a été commis vers 14h45 dans l’après-midi du 15 août, donc pendant que siégeait la CPQ. Les « quatre cagoulards qui étaient armés d’une mitraillette légère et d’une carabine tronçonnée, se sont emparés d’une somme de $4,000, après avoir ordonné à trois clients et au personnel de la Caisse, de se coucher sur le plancher. »[36] Un coup de feu a été tiré dans la serrure d’un tiroir-caisse. Parmi les clients, l’annonceur à la radio de CHLN a été « quelque peu molesté ». Les braqueurs ont ensuite pris la fuite dans une Chrysler 1968. Les policiers de la région ont été mis à contribution.

               Une voiture correspondant au signalement a été conduite au poste de police no. 1 et fouillée « par les policiers à cet endroit », sans aucun résultat. La chasse à l’homme s’est poursuivie sur la rue Des Forges, où plusieurs voitures de police, incluant celles de la Sûreté, se sont retrouvées devant le restaurant le Roi du Spaghetti. Des fouilles ont été effectuées dans les maisons et appartements situés autour du commerce. Des suspects ont ensuite été conduits au poste de police no. 1 pour y être interrogés. « Les policiers n’avaient pas encore terminé leur travail à ce moment, car une automobile qui sortait d’une entrée de cour à proximité du restaurant, a été interceptée par un détective. Cette automobile qui était conduite par une femme, a été fouillée par le détective. Ce dernier ne fut pas trop surpris de trouver dans le coffre arrière de la voiture, tout un arsenal, des cagoules et des vêtements qui répondaient à ceux de la description des présumés voleurs. »[37]

               Le seul détective dont il est fait mention dans l’article est Fernand Gendron. C’est lui qui a retrouvé les sacs d’argent dans un logement de la rue Des Forges. « En plus de l’escouade de la Sûreté de Trois-Rivières, était aussi sur les lieux un détachement de la Sûreté provinciale du Québec. »[38] L’enquête a été confiée à Gendron.

17 août 1969

               Et comme si les détectives n’en avaient pas assez, un autre crime s’ajouta à la liste des enquêtes prioritaires, tandis que le lieutenant-détective Hubert était paralysé par l’enquête de la CPQ. En effet, au matin du dimanche 17 août, un homme a été tué à coups de barres de fer au 302 rue St-Paul. La victime était Arthur Saint-Ours, 42 ans, un « solide gaillard de 240 livres environ et débardeur de son métier. M. Saint-Ours était marié et père de huit enfants. »[39] Il avait été attaqué par deux hommes. Comme le voulait la procédure, et comme ce fut aussi le cas pour Dupont quelques mois plus tard, le corps de la victime a été transporté au laboratoire médico-légal de Montréal.

               Quant à l’implication des détectives, on peut lire ces précisions : « La sûreté municipale de Trois-Rivières fut ensuite avisée des événements qui venaient de se produire et le capitaine-détective Georges Gagnon se rendit sur les lieux en compagnie des sergent-détectives Fernand Gendron et Guy Poisson. Ils prirent l’enquête en mains afin de retrouver les auteurs. »[40]

Zone de Texte: Figure 2. Les frères Bolduc, arrêtés pour le meurtre d'Arthur Saint-Ours. Ils sont escortés par le détective Fernand Gendron.

               Fait intéressant, on apprend ensuite que « Pendant que les détectives locaux travaillaient sur cette affaire, le capitaine-détective Gagnon fit appel à l’escouade des homicides de la Sûreté du Québec, à Montréal, pour qu’elle apporte son aide dans cette enquête. Le caporal Raymond Hébert et l’agent Jean-Noël Hains se sont rendus à Trois-Rivières pour aider les policiers municipaux dans leur travail. »[41]

               Il était donc vrai de dire que dans les cas d’homicides la police de Trois-Rivières faisait automatiquement appel à la SQ.

18 août 1969

En dépit du fait que les contre-interrogatoires n’avaient pas encore eu lieu, il semble que le directeur J.-Amédée Delage en avait assez entendu. Il écrivit une lettre au gérant de la ville Roger Lord et dans laquelle il demandait la suspension de Dallaire et Hubert pour « manquement à la discipline. »[42] Certes, il fallut attendre l’édition du mardi 19 août pour que les abonnés du quotidien local apprennent que « Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Paul Dallaire ont été suspendus indéfiniment de leurs fonctions, hier, par le conseil de ville de Trois-Rivières, sur recommandation du directeur J.-Amédée Delage. Ces deux membres de la Sûreté municipale trifluvienne faisaient partie de l’escouade de la Moralité, dont l’efficacité est sérieusement mise en doute par l’enquête entreprise par la Commission de police du Québec. »[43]


Pourquoi agir aussi promptement? Pour redorer le plus rapidement possible l’image du corps policier? Parce que Delage n’a pu su bien gérer cette crise? Sa décision était-elle hâtive?

Or, si on en croit l’article de Bernard Champoux, Delage « ne faisait qu’appliquer l’article 13 du règlement No 5 dans lequel il est statué que : « Tout membre du corps de police qui accepte ou exige, directement ou indirectement, une somme d’argent, un avantage ou des boissons alcooliques, en considération d’un exercice d’influence ou d’un acte ou d’une omission dans l’exécution de ses fonctions; qui viole les règlements du conseil ou du corps de police; ou qui désobéit aux ordres d’un supérieur, sera passible de la punition imposée aux contrevenants des règlements de la cité en plus de suspension sans salaire ou de destitution. »[44]

Cette double suspension n’est peut-être pas la chose la plus étonnante devant le fait que, selon ce règlement, on plaçait la réception de pot-de-vin et la désobéissance à un supérieur sur un même niveau de faute professionnelle.



Pendant ce temps, le détective Fernand Gendron continuait de prendre les bouchers doubles puisqu’il dut s’occuper de la comparution de suspects dans l’affaire du hold-up de la Caisse populaire Sainte-Marguerite.

19 août 1969

               L’enquête de la CPQ reprit, entre autre avec le directeur Delage qui a dû faire face à « une première salve de questions de la part de Me Gaston Gamache […]. »[45] En revenant sur les événements du 18 août, Arsenault précisa que vers 14h30 Delage avait reçu un appel du gérant de la ville Roger Lord. « « Il m’a demandé d’agir… Il m’a dit d’agir! » Or, « agir » selon le témoignage qu’a fait entendre le chef du corps de police, voulait dire l’envoi d’une lettre à celui qui l’enjoignait de le faire. Précisément, la lettre qui a été lue au conseil de ville à la séance de lundi. Celle qui demandait la suspension des deux détectives. Précipitamment, Me Gamache a exhibé le document au directeur et … « Avez-vous vous-même composé cette lettre?, a-t-il voulu savoir. « En partie, lui répondit, M. Delage, c’est-à-dire sauf pour les règlements énoncés! » Ce n’était pas assez pour l’avocat des policiers qui emboita : « Auriez-vous pris vous-même une telle initiative (les suspensions), s’il n’y avait pas eu de téléphone? « Non monsieur, laissa tomber clairement le directeur de police. »[46]

               Est-ce que cette réponse pourrait expliquer un conflit « personnel » entre le conseil de ville et la section des détectives, comme cela semblait être le cas depuis la guéguerre entre ces derniers et Gaston Vallières? Cette intervention hâtive de la ville expliquerait-elle aussi le fait qu’Hubert et Dallaire ait eu gain de cause au cours des années suivantes.

               Quant à la relation qu’il avait avec le gérant de la ville, Delage parla de « l’organigramme de notre corps policier, qui doit être présenté au gérant avant application. Plus tard, quelques instants seulement plus tard, le directeur a laissé entendre : « C’est toujours le gérant qui est le patron du personnel! … Aussitôt, il a ajouté : « C’est mon patron! »[47]

               Ensuite, le commissaire Tobin l’interrogea sur la convention de travail et c’est alors qu’on apprit « que celle-ci est échue depuis décembre 1968 et n’a pas été renouvellée [sic]. »[48] Delage avouera aussi avoir été convoqué à seulement une des huit ou neuf assemblées de négociations concernant la convention. Le résultat de la dernière entente, Delage l’avait obtenu par le président et le secrétaire de l’Association. « « Mais voulez-vous dire par là, a remarqué le commissaire Tobin visiblement estomaqué, que si personne ne vous l’avait mentionné … En somme, c’est stupide mais c’est ça… « L’auriez-vous su? Pas de réponse… « Comme ça, d’enchaîner M. Tobin, on vous remet la convention signée et … Voici pour les deux ou trois prochaines années? « C’est ça! d’acquiescer le directeur. »[49]

               Quant à la prostitution, Delage avoua avoir été au courant dès 1967 que certains établissements servaient aux rouages du plus vieux métier du monde. Il ira jusqu’à expliquer que ce sont des membres de la Sûreté, donc des détectives, qui l’avaient informé de la situation. Il dira sous serment leur avoir demandé à procéder à des arrestations afin de mettre fin à cette situation « Mais, a-t-il ajouté, nos efforts manquaient d’effets parce que nous étions dérangés par les journaux! »[50]

               Pour sa part, Me Gamache lança que la ville ne pouvait pas se servir des témoignages rendus devant la CPQ pour suspendre ainsi ses policiers et c’est ainsi qu’il demanda la réembauche de Dallaire et Hubert. Quant à Me Jean Méthot, chef du contentieux, il lança que cette enquête ne devait pas pour autant empêcher le conseil de ville de faire son travail.

               Après un retour à la barre de Roger Dion, on a fait appel à Romuald Godin, 60 ans. Ce dernier était propriétaire d’un restaurant portant son nom. Au soir du 10 mars 1969, Godin travaillait dans son commerce lorsque deux femmes étaient entrées en criant « c’est un hold-up ». Godin avait néanmoins réussi à arracher le manteau à l’une des deux braqueuses. Après leur départ, Godin avait immédiatement téléphoné à la police, qui a procédé, le même soir, aux arrestations de deux jeunes femmes : Louise St-Pierre, 28 ans, et Claire Bourassa (née Côté), 26 ans. Selon le registre d’état civil, c’est en 1959 que cette dernière a épousé Royal Bourassa. Ce dernier était qualifié de plâtrier et elle décrite comme employée chez « Hart Shirt ». Au moment de leur mariage, ils habitaient au 751 rue Radisson. Au moment de sa comparution devant la CPQ, elle logeait au 618 des Ursulines, dans le Vieux Trois-Rivières.

 

23 août 1969

               Au matin du 23 août, Photo-Police se montra audacieux dans ses propos en publiant le titre « La prostitution était dirigée par des policiers ». Les quotidiens de l’époque ne semblent pas s’être risqués aussi loin sur l’échelle de la subjectivité.

25 août 1969

               Cet après-midi-là, Me Lucien Comeau s’absenta définitivement de la commission. Le contenu du procès-verbal ne nous permet pas d’apporter une explication quant à ce départ.

Pendant ce temps, c’est sous huis clos qu’on entendit le témoignage de Louise St-Pierre, 28 ans, l’une des deux femmes qui avaient commis le braquage au restaurant Godin. Le procès-verbal mentionne que « au cours de son témoignage, le témoin est déclaré hostile. À plusieurs reprises durant son témoignage, le témoin est averti qu’elle est sous serment et que toute fausse déclaration de sa part pourrait entraîner une plainte de parjure. »

Quoi qu’il en soit, un huis clos complet fut instauré pour la dernière partie de son témoignage. Pour l’occasion, on fit évacuer la salle, exception faite de Dallaire et Buckley.

Par la suite, le directeur Delage a été interrogé durant des heures « pour dévoiler que le personnel policier de la ville de Trois-Rivières est nettement insuffisant. « L’escouade de Moralité, deux hommes, ne pouvait pas enrayer la prostitution dans notre ville avec ce personnel restreint… Je ne l’ai jamais mentionné au conseil municipal, car c’était inutile d’en parler, on ne m’en aurait pas accordé plus! »[51]

Delage affirma également qu’en 1968 il avait demandé 12 hommes pour la section des enquêtes et qu’on lui en avait accordé seulement 7, uniquement pour remplacer les départs à la retraite. En 1969, il en avait demandé 14 pour en obtenir 8, encore une fois pour combler les départs. Ce fut la même chanson pour l’escouade de la Moralité, à qui Delage avait simplement dit : « Faites votre possible. » Un huis clos fut ensuite imposé pour taire les noms des personnes morales et physiques. Évidemment, ceux-ci avaient droit à l’anonymat puisqu’il n’y avait toujours pas d’accusations contre eux.

Puis Delage raconta que l’homme en charge de son escouade de la Moralité « m’a demandé deux hommes en surplus, de même qu’un camion-fantôme pour pouvoir effectuer un travail plus efficace. Pour plus de sécurité, pour une protection accrue, ce même détective aurait aussi requis les services d’un policier à ces côtés. « J’ai choisi un tel, parce qu’il était costaud, a souligné M. Delage toujours à la barre aux témoins. La situation était telle, a mentionné le directeur, que le détective requérant lui aurait dit : « Si vous ne me donnez pas cet homme supplémentaire … j’abandonne! »[52]

26 août 1969

               Ce matin-là, les Trifluviens ont pris leur premier café en apprenant que Dallaire et Hubert allaient bientôt retrouver leur poste au sein de la police. « Le conseiller Fernand Colbert a présenté, hier soir, un avis de motion dans le but de rescinder la résolution par laquelle les deux limiers étaient suspendus. Pour l’instant, ces derniers ne peuvent réintégrer leur poste puisque la nouvelle résolution sera soumise aux voix, lors de la prochaine séance. Il s’agit d’une simple procédure, les conseillers semblant unanimes. La mesure a été décidée après mure réflexion par les conseillers qui ont même fait appel au directeur de la police, M. J.-Amédée Delage afin de connaître sa réaction. »[53]

               Cette fois, revenant sur la conversation téléphonique qu’il avait eue le 18 août avec le gérant de la ville Roger Lord, Delage avoua que « Je n’ai pas eu l’esprit assez présent pour lui dire que j’aimais mieux attendre la fin de l’enquête et j’ai cru que le gérant désirait la suspension des deux détectives […]. »[54]

               Delage dut admettre au maire René Matteau que le gérant Lord « ne lui avait pas forcé la main » avant d’ajouter que « « Je ne connais pas tellement les lois et c’est pourquoi ça m’a surpris de recevoir cet appel », a jouté M. Delage en précisant qu’il avait toujours eu l’impression qu’il fallait attendre la fin de l’enquête. »

               Cette histoire de réinstaller Hubert et Dallaire aurait commencé « quand le conseiller Benoit Giguère a déclaré que la suspension des deux détectives était prématurée et que le conseil de ville n’avait pas le droit de se substituer à la Commission de Police. Le conseiller Fernand Colbert était aussi mécontent de la tournure des événements surtout parce que le directeur Delage avait affirmé qu’il n’aurait jamais suspendu les deux limiers, si le gérant Lord ne lui avait pas téléphoné. « On a pris une décision selon la recommandation du directeur de la police et je m’aperçois que l’on s’est trompé », a-t-il dit. »[55]

               Finalement, dans les mêmes pages du Le Nouvelliste, on annonçait la retraite de Delage pour le 1er octobre, date à laquelle Roland Poitras prendrait le relai par intérim jusqu’à la nomination du prochain directeur. « La pension versée au directeur Delage serait d’environ $5,000 par année. Le conseil municipal a consenti à la mise à la retraite du directeur de la police Delage, à la suite d’une demande formulée par ce dernier dès le 18 novembre 1968 et réitérée dans une lettre datée du 25 août. En fait, le chef Amédée Delage demandait d’être mis à sa pension à partir du 12 septembre prochain, date à laquelle il aura atteint 65 ans et près de 39 ans de service au sein de la police de Trois-Rivières. Le chef de police souligne que « cette décision n’est pas subite et n’est pas prise en considération des événements présents, mais plutôt due à mon âge et à ma santé déclinante… »[56]

               J.-Amédée Delage est décédé en 1987. Pour l’occasion, Le Nouvelliste, dans un court article non signé, le qualifia « d’un homme d’une forte discipline personnelle. »

               Finalement, les audiences du 26 août se terminèrent par la présence de Normand Rouette, qui a affirmé qu’à la demande de Me Jean Méthot, chef du contentieux, il avait remis des photocopies de dossiers judiciaires à Gaston Vallières. Ces dossiers étaient ceux de prostituées arrêtées entre le 1er janvier 1967 et avril 1969. Or, Rouette avait occupé la fonction d’archiviste jusqu’en mai 1969. C’était donc lui le gardien des archives policières.[57]

               On avait également profité de l’occasion pour questionner Rouette sur l’accessibilité de certains dossiers, et ce dernier de répondre que « « Les documents sont accessibles […] aux autorités de la ville qui en font la demande. » Par « autorités » de la ville, le témoin a ajouté que le terme comprenait le maire, les officiers municipaux et les chefs de service. Parfois même, selon le même témoin, des ajusteurs d’assurance pouvaient obtenir des photocopies de rapports d’enquête, moyennant que ceux-ci ne comportent à cette occasion que des résumés des témoignages et aussi l’assentiment de l’officier supérieure de la Sûreté de les produire aux demandeurs … »[58] Or, la seule demande de la sorte faite depuis 1967 était celle de Méthot. Et Rouette d’ajouter que « Je n’ai pas transmis d’autres dossiers confidentiels à d’autres personnes pendant cette période. »[59]

               Ces dossiers contenaient les photos des prostituées. Rouette affirma qu’on lui avait expliqué qu’en remettant ces dossiers à Vallières cela servirait pour l’enquête de la CPQ.

               Peu après, Delage, visiblement épuisé au point où le juge Gosselin lui offrit de s’asseoir, est venu dire qu’il n’avait autorisé personnes à donner accès à ces dossiers. Me Guy Lebrun a également « suggéré que le contrat d’engagement de l’archiviste de la police trifluvienne, de même que le texte de son assermentation, soient soumis au tribunal d’enquête. À ceci, le juge Gosselin a répliqué qu’il était préférable de s’en remettre au greffier municipal, ce dernier étant en meilleure position de trouver les dits documents. »[60]

               Delage admit s’être rendu à Montréal en novembre 1968 avec « un officier de la Sûreté » pour y rencontrer un officier de la Moralité afin de « savoir si là-bas on avait quelque chose contre mon personnel! »[61] Étant donné la règle sur le ouï-dire, une objection formulée par Me Boily, Delage ne put rapporter la réponse que l’officier montréalais lui avait faite.

27 août 1969

               Selon le procès-verbal, le seul témoin entendu ce jour-là fut Paul Dallaire. Comme on le sait, la destruction des notes sténographiques et la portée limitée du procès-verbal nous empêche de revisiter le détail de son témoignage, mais selon Arsenault son apparition à la barre eut l’effet d’un choc. « « Le directeur m’a dit, a sèchement déposé le sergent Paul Dallaire de la Moralité, de ne pas m’occuper s’il y avait 200 ou 300 « Filles » en ville et de me cacher pour en arrêter une au cours de ma surveillance! » Est-il besoin de commenter l’impact d’une telle affirmation de la part du témoin, sur l’auditoire présent. »[62]

               Doit-on en déduire que Dallaire a agis seulement sous les ordres du directeur Delage? Par conséquent, la situation pouvait-elle s’expliquer par l’incompétence et le laxisme? Est-ce possible d’affirmer que Dallaire faisait seulement ce qu’il pouvait?

               « Ces propos ont été prononcés, selon le détective Dallaire, pendant une entrevue à laquelle il avait été convoqué par le directeur de la police au sujet de sa façon de « travailler » la prostitution à Trois-Rivières. Le sergent Dallaire a révélé qu’antérieurement à cette entrevue, il avertissait les nouvelles prostituées de bien vouloir quitter la ville. Celles qui demeuraient? « Nous leur faisions des causes et la plupart quittaient elles aussi la ville! »[63]

               Toujours selon Dallaire, le directeur Delage avait décidé de ne plus cueillir d’information auprès des propriétaires des établissements où travaillaient les prostituées mais qu’on devrait maintenant les surveiller de l’extérieur. « Il m’avait même dit que même s’il y avait des centaines de filles, ce n’était pas de notre affaire! »[64] Dallaire aurait répondu à cela « parfait monsieur », après quoi il avait adopté une autre méthode de travail : « en se cachant sur des terrains de stationnement publics et dans des entrées de cour. « Maintenant, je me tiens dans la rue, de préciser le témoin… Mais une cause prend de cette façon, quinze jours et même trois semaines à être conclue! ». Le commissaire Gérard Tobin qui écoutait tout ceci n’a pu s’empêcher de s’écrier : « On vous a dit que ce n’était pas de votre affaire? Mais alors c’était l’affaire de qui? Des scouts? » »[65]

               Les audiences auraient ensuite déviées sur le sujet des cautionnements à la Cour municipale. C’est au soir du 27 août que la liste des prix fut déposée en preuve. Quand on lui demanda qui avait créé cette liste, Dallaire aurait répondu « que l’appellation « juge municipal » apparaissait au bas du document et qu’il existait « probablement » depuis 1693. »[66]

               On serait également revenu sur le témoignage de deux des policiers montréalais venu à Trois-Rivières le 5 décembre 1967. En rencontrant leurs confrères de la Moralité à Trois-Rivières, ces deux policiers auraient évidemment discuté de prostitution et du fait qu’il existait une certaine entente avec la Cour municipale. Cette entente permettait « la confiscation des cautionnements de $100, fournis par les prostituées, donnant à celles-ci l’avantage de ne pas revenir devant la cour. « J’ai employé le mot ENTENTE, a dit le témoin, mais ce n’est pas nécessairement celui-là qui a été dit à mon attention! » L’agent montréalais voulait faire savoir que ce terme donnait le sens de la conversation entre lui et les limiers trifluviens il y a deux ans… »[67]

               Le mystérieux policier montréalais aurait ajouté quelques précisions, selon lesquelles les prostituées étaient dirigées vers l’escouade de la Moralité par les tenanciers d’hôtels et aussi à l’effet que « je n’ai jamais dit que c’était le détective mais bien le service de police qui opérait comme tel. Venait ensuite la fameuse question des examens médicaux. Pour lesquels le premier témoin a déposé qu’ils n’étaient pas toujours effectués après les arrestations des prostituées. Plus tard, au cours du questionnaire conduit par le procureur de l’Association des Policiers, le deuxième témoin qui assistait lui aussi à la rencontre de décembre 67, a laissé entendre : « Il n’a pas été question de cartes médicales! ». »[68]

               C’est Me Gaston Gamache, en contre-interrogeant le policier montréalais, qui aurait finalement fait ressortir l’information selon laquelle ce dernier et son collègue seraient d’abord venu à Trois-Rivières en décembre 1967 dans le but de rencontrer un individu en particulier. Puis c’est en se tournant vers le juge Gosselin que le procureur des policiers aurait lancé : « Nous croyons, nous avons les informations que c’était bien « trois » individus qu’il voulait rencontrer et non pas un seul… Nous tenterons de démontrer qu’il se trompe sur toute la ligne pour sa visite à Trois-Rivières! »[69]

               Un huis clos fut ensuite imposé, ce qui empêcha les journalistes d’en dire davantage.

               C’est aussi « d’une voix forte, posée »[70] que Dallaire a ajouté que « Nous avons eu des ordres au début … De ne rien virer à l’envers! »[71] Lorsque le commissaire Tobin lui a demandé si, justement, il n’en avait pas assez de revoir toujours les mêmes prostituées, Dallaire avoua qu’il les revoyait rapidement dans les établissements après leurs arrestations. « Cet état de choses, selon le policier-témoin, est dû au fait qu’à chaque arrestation d’une prostituée, une preuve nouvelle doit être faite au cas où celle-ci nierait sa culpabilité en cour municipale. Toutefois, le limier a précisé que ceci, (la comparution) ne s’était pas produite depuis le 1er janvier 1967. En somme, toutes préfèrent être libérées moyennant un cautionnement pour voir par la suite celui-ci forfait à défaut de comparution en Cour. »[72]

               « Et la roue tourne! », comme l’a si bien souligné Arsenault. Dallaire affirma ne jamais avoir comparu en Cour pour ces causes et que c’est seulement plus tard qu’on lui apprenait que les filles n’étaient pas revenues après leur dépôt de 100$. Dallaire expliquera également qu’il terminait toujours son travail tard dans la nuit et que, par conséquent, il ne pouvait être présent le matin lors des comparutions.

               Quant aux causes impliquant les souteneurs, Dallaire avoua son inefficacité en raison du fait que l’escouade « se compose de deux détectives, y compris le témoin. « On a demandé des hommes; des équipes pour les fins de semaine… Nous n’avons jamais rien obtenu! ». »[73] Il était aussi d’avis que pour effectuer un travail plus efficace il lui aurait fallu deux hommes sur le quart de jour et quatre pour celui de nuit. À une question de Tobin qui « voulut savoir si des mandats d’amener étaient émis quand elles ne se présentaient pas en Cour à la date fixée, « Après l’arrestation, si elle ne revient pas devant le tribunal et que je ne reçois pas de mandat à cet effet… Ce n’est plus de notre affaire! a laissé savoir le témoin Dallaire. « Ce n’est pas au détective mais à un procureur », est intervenu Me Guy Lebrun […], à faire émettre un tel mandat… et d’ajouter l’avocat : « On n’a pas à demander au témoin une telle question, c’est à un procureur dument mandaté à le faire! ». »[74]

               Cette question laisserait-elle croire à un manque de connaissance du travail policier de la part du commissaire Tobin?

               Interrogé sur sa formation, Dallaire dira avoir « suivi divers cours comme celui de formation policière par exemple. Un cours d’une durée de deux ans à raison de trois mois d’étude par session. »[75]

28 août 1969

               Paul Dallaire fut rappelé dans la boîte des témoins et, à huis clos, continua de témoigner à propos des « cautionnements forfaits à la chaîne. La liste sans fin des dépôts payés par ceux et surtout « celles » qu’on arrêtait après enquête et dont les comparutions en Cour municipale n’avaient, dans la majorité des cas, jamais lieu … ont fait l’objet d’un nouveau questionnaire de la part du juge Gosselin. »[76] En fait, Dallaire expliqua avoir reçu l’ordre de laisser partir les prostituée de la part de son « coéquipier ». « De fait, selon la déposition du sergent Dallaire, l’ordre d’utiliser la liste des taux de cautionnements pour les diverses infractions, a été d’abord donné par un téléphone du juge municipal, à celui qui formait équipe avec lui à l’escouade de la Moralité. Ce n’est qu’à la suite de cet appel que lui, le sergent Dallaire, fut mis au courant par son confrère de se servir de la fameuse liste des différents taux. Retournant loin en arrière, le témoin Dallaire s’est souvenu que ladite liste était à sa connaissance depuis … 1951! »[77]

               Me Gamache ramena ensuite le témoin sur l’affaire du hold-up commis dans un restaurant en mars 1969. Dallaire répondit ne pas avoir revu les accusées après qu’on lui avait demander de ne pas s’en occuper « mais j’ai su qu’une cause de barbituriques avait été faite par la suite et qu’un type s’était mérité une condamnation en Cour des sessions. Quant aux filles interceptées le soir du méfait, elles devaient comparaître en cour municipale … »

               Il fut également question d’une descente réalisée à dans des hôtels du centre-ville de Trois-Rivières le 27 juin par des policiers montréalais. « « Deux jours auparavant, a souligné le détective Dallaire, j’ai demandé des documents pour préparer une cause à deux maisons de rendez-vous. Celui à qui j’ai fait la demande est parti en vacances et les autres sont venus par la suite! » Et finalement, le témoin a fait savoir au juge Gosselin : « Je ne suis pas en « charge » de la Moralité; j’ai été placé là certes mais je fais aussi de tout! »[78]

30 août au 2 septembre 1969

               Au matin du 30 août, Le Nouvelliste détaillait en première page l’évasion de Robert Gignac de l’Institut Leclerc, situé tout près du célèbre pénitencier St-Vincent-de-Paul dans la région de Montréal. L’homme que Jean-Marie Hubert avait admis avoir connu – sans toutefois préciser le niveau de contact entre les deux hommes – avait acquis une certaine célébrité dans le milieu criminel en raison de ses liens avec Lucien Rivard. Condamné pour parjure, Gignac avait été acquitté en Cour d’appel en janvier 1968. De plus, « Il avait écopé d’une peine de trois ans de prison pour vol et recel d’auto, le 10 mars dernier par le juge Maurice Langlois, de Trois-Rivières. »[79] Le 2 septembre, le journaliste Claude Vaillancourt apporta quelques détails supplémentaires quant à cette évasion, mettant l’emphase sur le fait que Gignac et son complice avaient forcé un couple à les conduire jusqu’en Ontario.[80]

               Selon les versions présentées lors des audiences de la commission d’enquête publique de 1996, on avait tenté d’incorporer la candidature de Robert Gignac parmi les suspects mais sans succès. Aucune preuve n’a été présentée à l’effet que ce personnage pourrait avoir un lien quelconque avec Louis-Georges Dupont.

               Au matin du 3 septembre, Le Nouvelliste révéla que « Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent détective Paul Dallaire réintègrent leurs postes au sein de la Sûreté municipale à compter d’aujourd’hui. »[81] Gaston Vallières s’est opposé à cette décision, mais « Le conseiller Benoît Giguère a ajouté que le conseil de ville avait pris une première décision sur la foi du rapport de M. Delage et des avocats de la ville. « Quant à moi, je ne veux pas les juger », a-t-il dit. Le conseiller Léo Pidgeon n’a pas aimé les propos d’un éditorialiste radiophonique qui reprochait au conseil de ville de continuellement changer ses décisions. « Ceux qui écrivent des articles de cette nature, de dire M. Pidgeon, n’ont qu’à se présenter aux élections municipales et s’il manque un siège, je leur céderai le mien ». »[82]

               Sur la même page, un article de Jean-Paul Arseneault suivait les détails des procédures judiciaires relatives au hold-up commis à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite quelques jours plus tard. Jeannine Beauchesne, propriétaire du restaurant Jeannine Spaghetti House et dont le nom avait été mentionné aux audiences de la CPQ, était accusée de complicité.[83]

3 septembre 1969

               Après un congé de quelques jours, les audiences de la CPQ reprirent et « Encore une fois, comme cela s’est produit à maintes reprises depuis le début des procédures, une déposition foudroyante a été enregistrée par la Commission de police. Une déposition du lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, questionné à ce moment par Me Raymond Boily de la Commission. Le détective venait à peine de terminer le récit d’une entrevue qu’il avait eue avec le greffier de la Cour municipale de Trois-Rivières. Au cours de la discussion mentionnée, le policier a révélé qu’il souligna à l’attaché de Cour, que certaines plaintes déposées devant le tribunal municipal, relevaient plutôt de celui des Sessions de la Paix. Saisi de cette remarque de la part du témoin Hubert, l’officier de la Cour municipale aurait répondu, selon la version du détective : « On est mieux de les porter en Cour municipale, ça grossit les coffres de la ville… Aux Sessions de la paix, ça va à la PROVINCE! »[84] À cela, Hubert aurait répondu au greffier municipal « qu’un corps de police n’était pas une industrie ou un commerce à REVENUS! »[85]

               Selon Arsenault, le témoignage de Hubert aurait créé une réaction dans le prétoire qu’il dépeignait comme ceci : « Les commentaires sont superflus pour décrire la stupéfaction qui électrisa ceux qui étaient présents en Cour. Sans que rien ne « paraisse », tous se jetaient un regard furtif, sans doute pour s’assurer que c’était bien là, le contenu de la déposition. Ce l’était! »[86]

               Il fut également question que les vols à l’étalage d’une valeur de moins de 50$ étaient eux aussi soumis à la Cour municipale. Il semble que ces causes s’inscrivaient plutôt comme des affaires de « dommages à la propriété ». Lorsque Hubert demanda au greffier ce qui adviendrait de cela si un prévenu décidait de plaider non-coupable, puisqu’il aurait alors fallu prouver l’existence de ces dommages fictifs, on ignore la réponse car l’article d’Arsenault n’est pas clair à ce sujet.

               Quant aux cautionnements forfaits, « Hubert a souligné qu’un ordre lui avait été transmis par un officier de la Sûreté de voir à imposer un minimum de $100 pour les causes de racolage. Dans la même veine, le témoin avait aussi à décider de montants supérieurs, soit $25 pour chacune des arrestations précédentes. Une prostituée qui en était à sa sixième arrestation devait donc débourser $150 pour recouvrer sa liberté cautionnée. Or, en Cour municipale, le règlement prévoyait une amende de $40, plus des frais pour celles qui se reconnaissent coupables ou qui sont trouvées comme telles. Toutefois, les condamnations pour racolage sont rares voire inexistantes, puisque les « filles » préféraient perdre les cautionnements fournis et ne pas revenir devant la Cour deux jours après l’incarcération « momentanée ». « En 1967-68-69, je n’ai jamais été appelé à témoigner devant cette Cour! affirme le détective Hubert… » Et le commissaire Tobin d’intervenir : « Est-ce qu’elle marche cette Cour? »[87]

4 septembre 1969

               La controverse impliquant la Cour municipale s’est poursuivie le lendemain, si bien qu’au matin du 5 septembre on apprenait dans les pages du Le Nouvelliste le nom du fameux greffier : Me Jean-Jacques Lajoie. Celui-ci fut bombardé de questions. Il en ressortit que Me Jean Méthot l’avait rencontré en novembre 1968 afin de lui demander que les causes soient portées devant les Sessions de la paix. Sur ce rappel, Lajoie déclara devant la CPQ que « Je me souviens que vous étiez en faveur des Sessions, mais le juge n’était pas de votre avis! »[88]

               Quant aux falsifications des accusations de vol à l’étalage, le greffier Lajoie expliqua qu’une « accusation de vol est logée contre le ou la personne arrêtée. Le texte de cette accusation parvient en Cour municipale et … Le greffier de ce tribunal en rédige une de « dommages à la propriété ». Pourquoi cette retouche? Parce que, révèle le greffier, c’est l’usage qui nous guide; parce que le règlement municipal ne couvre pas les causes de vol et finalement, à condition que les effets dérobés n’aient pas une grande valeur et aient au préalable été remis à leur propriétaire. C’en est trop. Le commissaire Tobin fait remarquer au témoin que des personnes sont accusés d’actes qu’ils n’ont pas posés. « C’est un point de vue! » lui répond le greffier. »[89]

               Quant à la prostitution, « Nous nous sommes toujours demandé, renseigne le greffier de la Cour municipale, quel serait le meilleur remède pour résoudre le problème de la prostitution. Selon Me Lajoie, des discussions prennent souvent naissance, à savoir où porter les plaintes de racolage à Trois-Rivières, soit en Cour des Sessions ou devant le tribunal municipal. « Le juge municipal, annonce le greffier Lajoie, préférait recevoir les plaintes devant lui! » On nageait encore dans la vague. Aussi une autre question, plus précise celle-là, surgit-elle. « Qui en a décidé ainsi? Le juge répond finalement le témoin, a préféré continuer comme avant! » »[90]

               Avant la fin de son témoignage, Lajoie n’eut d’autre choix que d’admettre que cette pratique rapportait davantage aux coffres de la Cour municipale.

               Selon un rapport déposé devant la CPQ, il y aurait eu une cinquantaine de causes de délinquance juvénile au cours d’une année. « Or, pour la même année, Me Jean-Jacques Lajoie a témoigné à l’enquête sur la police hier, à l’effet que 2,000 causes environ avaient bel et bien été présentées devant cette Cour. La déposition du témoin, le greffier de ce tribunal, a donc assombri la situation à Trois-Rivières, tout en la situant cependant à sa juste valeur. […] Le sergent-détective Clément Massicotte, agent de liaison entre le corps de police de Trois-Rivières et la Cour du Bien-Être, a lui aussi fait mention de statistiques qui ne concordent pas du tout avec le rapport annuel, tel que présenté aux autorités municipales. En détail, le détective a énuméré le nombre d’arrestations de jeunes gens, jeunes filles et d’adultes au cours de la même année. La totalité de cette statistique accuse plus de 180 cas. Le rapport du directeur lui, n’affiche qu’une quinzaine de causes rattachées au tribunal du Bien-Être. M. Massicotte s’est lui-même aperçu de cette lacune auparavant, c’est-à-dire avant de témoigner hier, c’est pourquoi il s’est adressé au greffier de la Cour du Bien-Être pour obtenir les chiffres exacts de ses opérations policières. Comme l’a fait remarquer le commissaire Tobin : « Si l’on s’en tient au rapport OFFICIEL, il n’y a pas de problèmes à Trois-Rivières. » Je savais que j’en avais fait beaucoup plus, de souligner le détective Massicotte. »[91]

               Pour sa part, le lieutenant Jean Champagne de l’escouade des policiers-motards, a lui aussi témoigné à l’effet qu’il avait tenté d’obtenir de meilleurs effectifs, sans résultat. On lui avait répondu que le budget ne le permettait pas. Depuis 1954, il avait suivi plusieurs cours de perfectionnement. Son témoignage a été qualifié de « Courte mais précise déposition », si bien que « les quelques trentes [sic] minutes du témoignage de l’officier Champagne ont valu des heures de déposition à la Commission de Police du Québec. Tout y était clair, précis et dit avec aucune retenue. »[92]

               Finalement, le témoignage du capitaine Wilson Massicotte, en charge du poste de police no. 2, témoigna à l’effet qu’il manquait lui aussi d’effectifs, surtout lorsqu’il était question de journées de maladies et de vacances. Durant certaines périodes, il ne disposait que de six hommes alors qu’il aurait dû compter sur seize. « Encore là, il en faut pour l’entretien des voitures à incendie et autres travaux du genre, les choses se compliquent, il n’en reste que deux et … Les deux officiers de service. L’écoutant attentivement, le commissaire Tobin ne semblait pas certain s’il en resterait suffisamment à la fin… Décidément, cela a d’ailleurs été mentionné à plusieurs reprises à l’enquête, le personnel fait défaut. Les différentes autorités policières le répètent sans cesse. »[93]

5 septembre 1969

               En appelant à la barre des témoins le maire René Matteau, la CPQ espérait savoir qui, du directeur Delage ou du gérant Lord, dirigeait vraiment les policiers à Trois-Rivières. « Le premier magistrat s’est empressé de renseigner que la Charte de la cité prévoyait l’autorité du gérant municipal sur le corps de police. Bref, si le conseil veut s’adresser au directeur Delage, on fait appel au gérant. De même, si le chef de police désire formuler une quelconque requête aux conseillers municipaux, c’est encore au gérant qu’il doit d’abord faire part de ses intentions. »[94]

Peut-être davantage que la prostitution, le manque d’effectifs semble avoir retenu une grande partie de l’attention de cette enquête puisque « Les demandes d’augmentation de personnel au sein du corps de police, formulées par le directeur Delage, ont été hier confirmée par le maire Matteau. En 1968, le chef de police avait fait une requête pour obtenir quinze hommes de plus. Six lui furent accordés. […] « Saviez-vous, M. le maire, s’est enquit le commissaire Tobin, que cela ne faisait que combler les vides »? « Je n’étais pas au courant », a laissé choir M. Matteau. Enchaînant, le maire informa qu’à l’étude du budget, il était devenu impérieux d’obtenir le meilleur rendement possible du corps de police, tout en observant la règle : que les dispositions prises coûtent le moins cher possible! »[95]

               À la fin de cette journée, l’enquête de la Commission de police du Québec s’ajourna jusqu’au 17 septembre.

16 septembre 1969

               À la veille de la reprise des audiences, dans le cadre d’un projet visant à fusionner les forces policières de Trois-Rivières, du Cap-de-la-Madeleine et de Trois-Rivières-Ouest, Jules Montour, maire de cette dernière municipalité, a déclaré au journaliste Fernand Gagnon : « Que la ville de Trois-Rivières règle d’abord ses propres affaires de police, qu’elle laisse se terminer l’enquête présentement en cours et nous pourrons ensuite étudier en profondeur els possibilités de la création d’une commission métropolitaine de police en vue de la fusion des effectifs policiers des trois villes-sœurs. »[96]

17 septembre 1969

Figure 4. Le conseiller municipal Aimé Lefrançois, le directeur de la police J.-Amédée Delage, et le gérant de la ville Roger Lord. Durant la majeure partie de la journée du 17 septembre 1969, c’est Lord qui s’est retrouvé dans la boîte des témoins.

La reprise des audiences fut l’occasion pour le gérant de la ville Roger Lord de donner sa version des faits quant à la double suspension des détectives Hubert et Dallaire. Lord témoigna une bonne partie de cette journée et dut subir « une tornade de questions autour d’une « correspondance » entre le directeur Delage et le témoin Lord, à l’issue de la première semaine de l’enquête le 18 août. »[97]

Le gérant affirma qu’il n’avait rien à voir avec cette lettre et que Delage l’avait écrite de sa propre initiative. « La narration des péripéties de cet après-midi du 18 août suivit. […] Il était environ midi, le 18 août, quand le gérant  Lord a communiqué par téléphone avec le directeur de police Delage. C’était pour le mettre à l’aise, précise le gérant. À l’aise pour une décision qui devait par la suite faire « un peu » de bruit : les suspensions! À l’appareil, M. Lord s’est informé si son interlocuteur avait entendu assez de déclarations à l’enquête sur la police pour effectuer des suspensions. Dans l’affirmative, il fit part à M. Delage que le règlement municipal No 5 lui permettait de procéder. Mais que c’était là son privilège. Le privilège du directeur pour éviter toute confusion, celle-là du moins. Le commissaire Tobin, qui suivait on ne peut plus attentivement la narration, s’informa à brûle-pourpoint : « Croyez-vous vraiment l’avoir mis à l’aise en lui téléphonant? Ne savait-il pas lui-même la teneur de ce règlement? » Non pas, c’était bel et bien pour mettre M. Delage à l’aise, de répondre le gérant municipal. Le juge Gosselin maintenant voulait des éclaircissements. Cette fois au sujet de deux autres congédiements, définitifs, ceux-là, effectués au sein du corps de police tout récemment[98]. « Avez-vous appelé le directeur dans ces deux cas, pour lui rappeler le règlement municipal? » « Pas cette fois a répondu M. Lord. De toute façon, il était midi lorsqu’il a rejoint le directeur de police pour le mettre à l’aise. Celui-ci lui a répondu qu’il examinerait la question et quelques heures plus tard une lettre était envoyée au gérant municipal, soit vers trois heures et trente. Suite à cette missive, deux membres de la Sûreté étaient suspendus puis … réinstallés! »[99]

À un certain moment du témoignage, Me Gaston Gamache lui aurait demandé « Agissez-vous comme patron de la force constabulaire? »[100] Lord aurait alors répondu qu’il ne faisait que « transmettre les ordres reçus des autorités municipales. « Je n’ai jamais donné de directives, a tranché le témoin. On en arrivait au fameux rapport Ross, préparé par les experts de cette firme en 1965, pour tous les départements de la ville de Trois-Rivières, y compris … celui de la police. […] $40,000 qu’il avait coûté ce rapport Ross. Pour en arriver à des recommandations telles que celle-ci : l’entraînement des policiers faisait défaut. »[101]

Comme l’écrivait Arsenault, les recommandations du rapport Ross n’avaient pas été respectées à une époque qui, pourtant, se voulait réformatrice. La Révolution tranquille n’a pas seulement affecté l’éducation, la nationalisation de l’électricité et la désinstitutionalisation, elle a aussi forcé le milieu policier à se renouveler. Selon Lord, le directeur Delage ne voyait pas d’un bon œil les conclusions de ce rapport Ross. « Pressé de questions par Me Gamache, le gérant municipal a exhibé une liasse de lettres qu’il avait fait parvenir au directeur de police pour l’application des recommandations de la firme Ross. De 1965 à 1967, le témoin a déposé qu’il avait beaucoup insisté pour mettre en branle ce renouveau policier. Par la suite, l’insistance s’est amoindrie : « On ne prévoyait aucun résultat! A conclu M. Lord ». »[102]

Roger Lord avoua cependant qu’il était responsable de l’efficacité des services municipaux, ce qui incluait évidemment la police. Il parla aussi d’un malaise qui s’était installé entre le directeur et son assistant, et cela depuis 1968. Les deux hommes concernés ont ensuite tout nié.

               Cette journée fut marquée par un autre rebondissement, celui créé par le témoin Roger Dion, qui avait affirmé en début d’enquête avoir été témoin du fait qu’un détective avait touché un pot-de-vin. D’ailleurs, on se souviendra que c’est en partie sur cette déclaration que s’était basé le directeur Delage pour suspendre Dallaire et Hubert. Or, Dion revenait dans la boîte des témoins pour déclarer que « Aujourd’hui non, je ne peux pas le jurer! »[103] Voilà un autre témoin qui revenait sur sa parole. « Pour la X…e fois : « L’avez-vous vu remettre l’argent? » Finalement, très catégorique et accusant des signes de « chaleur », on entendit le témoin s’écrier : « Non … Je ne peux le jurer! » À la première séance de l’enquête, il avait vu, de ses yeux vu, tel que rapporté dans les notes sténographiques. »[104]

               Selon le procès-verbal, c’est après avoir entendu le secrétaire André Gingras et Roger Lord que le juge Roger Gosselin a ordonné aux détectives Louis-Georges Dupont, Fernand Gendron, Clément Massicotte et Fernand Thibeault de retourner à leur travail habituel puisque les enquêtes de routine s’accumulaient. On leur expliqua signala qu’on ferait appel à eux au cours de la soirée par le billet d’un message transmis par Me Gamache. Pendant ce temps, Hubert, Dallaire, Buckley et le capitaine Gagnon devaient demeurer dans le prétoire.

               Jacqueline Brunelle, née Jacqueline Gagnon et épouse de Gérard Rivard, qui a témoigné lors de la commission en 1996, passa plutôt inaperçu dans les journaux.

               Ensuite, la commission s’est ajournée de 18h00 à 20h45. C’est à cette heure-là qu’on a commencé à entendre les détectives qui n’avaient pas encore témoigné. Le premier fut Fernand Gendron, 45 ans, suivi du capitaine Georges Gagnon. C’est pendant le témoignage de celui-ci qu’on donna l’ordre « aux détectives Dupont et Massicotte d’évacuer la salle ». Ensuite, on rappela Hubert, qui fut suivi de Clément Massicotte, 46 ans. C’est seulement ensuite qu’on a entendu le témoin no. 42, Louis-Georges Dupont. Et, faut-il le mentionner, ce dernier témoignage s’est effectué sans huis clos.  On ne s’attendait donc pas à de grandes révélations.

               Les journaux ne firent aucune mention des témoignages entendus ce soir-là. Même dans La Presse, couvert par Jean-Paul Charbonneau, ne fit aucune allusion aux témoignages des détectives entendus en soirée. Cette dernière source, cependant, mentionne que Delage et Poitras avaient tout nié quant au malaise qui aurait existé entre eux, d’après les allégations du gérant Lord. Et Charbonneau d’ajouter à propos de Lord que celui-ci « a fait sourire à quelques reprises les personnes présentes dans la salle d’audience. Car, il avait le don de « patiner » au lieu de répondre aux questions posées par les membres du tribunal d’enquête. »[105]

               Après avoir abordé à son tour la volte-face de Roger Dion et l’allusion au rapport Ross, il conclut son billet par le fait que « deux dirigeants de la Fédération des policiers du Québec étaient présents à l’audience, hier, à titre d’observateurs. Il s’agit de MM. Guy Marcil et Jacques Ruel, respectivement président et directeur de la Fraternité des policiers de Montréal. »[106]

Si on calcule le nombre de témoins qui ont comparu entre 20h45 et 22h20 dans la soirée du 17 septembre, on en arrive à une moyenne de 19 minutes de présence pour chacun d’eux à la barre.

               À l’intérieur d’un autre article publié le même jour, Gaston Vallières aurait-il fait volte-face à son tour en déclarant que « ce qui presse pour le moment, c’est de redorer le blason de Trois-Rivières, de refaire sa bonne renommée et celle de son corps de police par la nomination d’un directeur compétent, à la poigne solide, qui pourra rétablir l’ordre partout où le désordre existe aujourd’hui. Telle est l’opinion qu’ont exprimée tour à tour les conseillers Fernand Goneau et Gaston Vallières en réponse au conseiller Benoît Giguère qui cherchait tout simplement à sonder les intentions des membres du conseil sur l’idée qu’il avait lancée dans le public de créer une commission métropolitaine de police en vue de la fusion des effectifs policiers des trois villes-sœurs : Trois-Rivières, Trois-Rivières Ouest et le Cap-de-la-Madeleine. »[107]

               Giguère avait aussi lancé l’idée que le prochain directeur de la police proviendrait de l’extérieur.

               Dans un autre article concernant les propos de Vallières, on lit que « Le conseiller Gaston Vallières se propose de passer « au peigne fin » tous les comptes qui seront soumis à l’approbation du conseil de ville et non seulement ceux de la Commission de l’Exposition. Faisant suite à un article publié dans Le Nouvelliste à l’effet qu’il scruterait attentivement les comptes de la dernière Exposition régionale, M. Vallières a voulu élargir son champ d’action et il a affirmé ses intentions d’être vigilant à ce sujet à tous les niveaux de l’administration municipale. »[108] Selon lui, plusieurs comptes avaient été payés sans la présence de pièces justificatives. « Le maire René Matteau a déclaré qu’il était du devoir de chaque conseiller de vérifier tous les comptes avant de les accepter. « Je ne blâme pas M. Vallières de faire de telles recherches », a-t-il ajouté. »[109]

18 septembre 1969

               Ce jour-là, la CPQ entendit le témoignage de Laurette Bisson, épouse de Arthur Trépanier. Lors de leur mariage, célébré le 26 août 1943, Trépanier résidait à Malartic. Il était âgé de 36 ans alors que Laurette en avait seulement 17. Celle qui, selon la levée du scellé sur la deuxième partie du rapport de la CPQ, en 1996, fut la maîtresse de Jean-Marie Hubert, s’est éteinte le 17 février 2008. Selon sa notice nécrologique, qui n’est accompagnée d’aucune photo, elle utilisait encore le nom de son mari. Elle avait 82 ans.

               Jean-Paul Arsenault résuma cette journée en abordant la volte-face du jeune Denis Blais : « Des dépositions font l’effet d’une bombe en Cour. Des dépositions qui nécessiteront une autre enquête pour déterminer si oui ou non il y a eu parjure en cette avant-dernière journée des débats. »[110]

Après avoir dit sous serment avoir remis 200$ à Hubert pour que ce dernier puisse régler ses problèmes à la Cour du Bien-Être, un portier de cabaret est venu dire devant la CPQ avoir reçu 400$ de Blais. Et Arsenault d’ajouter que « l’argent fut remis, non pas au détective Hubert, comme l’avait juré précédemment Blais, mais à un des membres du trio de « conseillers ». »[111]

               C’est donc devant cette découverte que « En riant, Blais a été ramené en Cour hier soir pour jurer cette fois que sa première déposition était complètement fausse. Ce n’était pas Hubert, mais bien le portier de club et ses copains qui avaient reçu l’argent. « Tout était faux, a déclaré Blais à son apparition devant le tribunal de la Commission de police. Blais avait encore le sourire aux lèvres en désavouant complètement son premier témoignage. Le juge Gosselin et le commissaire Tobin eux, avaient autre chose … aux lèvres : « J’ordonne, a tranché le magistrat, que le procureur de la Commission fasse enquête sur la possibilité de parjures, dans cette éventualité le tout sera soumis à l’avocat de la Couronne locale et des plaintes d’extorsion seront portées! ». »[112]

               Si Hubert n’avait rien à voir avec cette affaire de pot-de-vin, pourquoi Blais l’aurait-il accusé lors de sa première apparition devant la CPQ?

               Évidemment, comme le prévoit la justice, Hubert a eu son droit de réplique. « « Il n’en a jamais été question » ont affirmé à l’enquête sur la police, les détectives Gorges [sic] Gagnon et Jean-Marie Hubert, au sujet de certaines méthodes de traiter la prostitution par nos limiers de la Sûreté trifluvienne. On se souvient sans doute que deux membres de la Moralité de Montréal ont admis devant la Commission de Police avoir reçu des précisions lors d’une visite au bureau du capitaine Gagnon en décembre 1967. Les deux policiers de la Métropole avaient rapporté aux enquêteurs de la Commission, qu’on leur avait fourni le nombre de prostituées à Trois-Rivières, le rouage du fameux système de cautionnement « éclair » relativement aux arrestations des filles de joie trifluviennes et d’une importance capitale, le fait que celles-ci étaient dirigées vers notre escouade de Moralité par des employés d’hôtel du centre-ville. Du moins, celles qui étaient toutes « fraîches » arrivées en nos murs. Il n’est rien de tel, ont témoigné tour à tour MM. Gagnon et Hubert. « Jamais de telles conversations ont eu lieu devant nous lors de la visite des agents montréalais ». Catégoriques, les deux détectives trifluviens ont toutefois admis qu’il avait certes été question de prostitution au cours de cet entretien. Pouvait-il en être autrement? La Moralité visitait en somme la Moralité, le sujet devenait tout indiqué… On parlait métier quoi! Mais des données précises comme celles mentionnées par les visiteurs, JAMAIS! Ont maintes fois répété les témoins de la Sûreté de Trois-Rivières. De dire le lieutenant Hubert : « Je leur ai surtout fait remarquer que toutes proportions gardées, Trois-Rivières était moins affectée par ce fléau que Montréal. »[113]

               Les témoignages contradictoires ne s’arrêtaient pas là, comme l’a noté Arsenault, car le témoignage d’un gérant d’hôtel est venu « jurer que jamais, à sa connaissance, des filles avaient été dirigées vers les préposées à la Moralité de Trois-Rivières. Que jamais, lui-même n’avait donné aucun ordre quel qu’il fut, concernant la façon d’opérer qu’adoptaient les prostituées. Tout ceci, en contradiction flagrante avec des dépositions antérieures soumises à la Commission de police, principalement par des filles publiques de Trois-Rivières. »[114]

               Il fut également question qu’un « garçon de table » est aussi venu dire sous serment que « Jamais une prostituée n’a reçu le conseil de se présenter à la Moralité et je n’ai moi-même jamais reçu d’instructions à ce sujet! »[115]

               Quant au témoignage de Gaston Laliberté, secrétaire de l’Association des Policiers, il est apparu à la barre des témoins afin de rétablir les faits entourant sa prise de bec avec le conseiller Vallières. « « Voici ce que je lui ai dit, est venu déposer le policier. C’était à l’issue d’une rencontre pour discuter la convention collective. Tout avait été dit… sauf! « Je voudrais bien vous voir travailler à la Moralité avec les conditions offertes à nos gars. C’était M. Laliberté qui s’adressait au conseiller Vallières. Mais telle n’était pas la déposition de M. Vallières lorsqu’il est apparu devant la Commission de Police. « Il m’a dit que je ferais un bon détective pour la prostitution… Il m’a provoqué avait souligné l’échevin au juge Gosselin. Il y avait donc eu altercation verbale, cela ne fait pas de doute. Quant à la provocation, c’est autre chose. MM. Vallières et Laliberté ne rapportent pas les mêmes propos. »[116]

               C’est aussi Le Nouvelliste qui nous apprend qu’au matin du 18 septembre les détectives Fernand Gendron et Clément Massicotte étaient occupés par l’arrestation d’un jeune homme impliqué dans une affaire de vol.[117]

19 septembre 1969

               Le 19 septembre marqua la toute dernière journée de l’enquête de la CPQ à Trois-Rivières. Comme l’écrira Arsenault le lendemain, tous les conseillers municipaux avaient été invités à venir témoigner mais le seul à l’avoir fait fut Vallières.

               Ce qui soulève de l’étonnement, c’est qu’avant même d’avoir pris du recul, « le juge Roger Gosselin a fait part de la toute première recommandation résultant de l’enquête. « Nous savons, a formulé le magistrat, que le conseil de ville de Trois-Rivières est sur le point de choisir un remplaçant au directeur de police, M. J-Amédée Delage qui prend sa retraite. Notre recommandation est celle d’abord [de] consulter la commission sur le sujet! » Voilà qu’après 150 témoignages, 86 heures en Cour matin, midi et souvent dans la soirée jusqu’à onze heures et quinze à une occasion entre autres, la commission de Police attaque la deuxième partie de l’enquête… Les recommandations. « Nous sommes en mesure de formuler immédiatement ce qui suit, a dit le juge Gosselin avant de rendre publique la première, que lui et le commissaire Gérard Tobin ont élaborée. »[118]

On prévoyait que le sténographe officielle Luc Lemay aurait besoin de cinq à six semaines pour compléter les documents nécessaires. Ce détail explique probablement une partie du délai avant le dépôt du rapport, ou plutôt des deux parties du rapport.

Épilogue

               En juin 1970, « Jean-Claude (Plume) Laplante et Norman Burns sont maintenant libérés d’une accusation d’extorsion pour un montant de $400. L’enquête préliminaire s’est déroulée pendant trois heures au palais de justice de Trois-Rivières, trois heures pendant lesquelles Me Pierre Houde de la Couronne a questionné le jeune Denis Blais, 20 ans, la « victime » de cette fraude. Cette extorsion qu’on reprochait au duo Laplante-Burns remonte au 15 décembre 1968 et on l’a longuement commentée lors de l’enquête sur la police de Trois-Rivières à la fin de l’été dernier : Denis Blais avait en effet d’abord impliqué un détective trifluvien dans cette affaire pour se raviser par la suite devant la Commission de police du Québec. »[119]



Figure 5. Descente policière réalisée en 1973 dans deux établissements de Trois-Rivières, dont le Manoir Laviolette.

               Comme on le sait, le 18 septembre 1969, Blais avait changé sa version pour impliquer Burns et Laplante plutôt que le détective Hubert. La crédibilité de Blais parut très chancelante. Durant cette enquête préliminaire, qui s’est déroulée devant le juge Léon Girard, Blais déclara : « Je ne me souviens pas avoir dit que j’avais donné les $400 à Plume… Je me suis trompé de gars et c’est à René Mantha que j’ai remis l’argent! Or, justement, ce René Mantha n’était pas présent en cour et demeure introuvable malgré les recherches entreprises par la police depuis des semaines. L’argent donc a été remis selon les versions du témoin Blais, à un détective trifluvien le 13 août, à Laplante le 18 septembre, et à René Mantha hier. « Où est la vérité dans tout ça? » s’est informé le juge Girard perplexe. « Je n’ai pas bonne mémoire, ce n’est pas de ma faute », lui a répliqué le témoin de vingt ans visiblement « en chaleur ». »[120]

               Me Houde a demandé à ce que le témoin soit déclaré hostile. Un autre délai fut demandé pour tenter de retrouver Mantha, mais le juge déclara que Laplante et Burns étaient libérés des accusations. Que doit-on déduire de cette situation? Que Blais n’était pas un témoin crédible et que ses allégations contre Jean-Marie Hubert étaient de la pure invention?

               Si on se reporte au chapitre concernant la revue de presse couvrant la période de 1969 à 1995, on comprendra sans doute un peu mieux pourquoi Hubert et Dallaire avaient eu gain de cause à trois reprises au cours de la première moitié des années 1970.

En février 1973, une enquête conjointe de la SQ et de la Commission de contrôle des permis d’alcool et de l’escouade de la Moralité de Trois-Rivières, ont forcé la fermeture de l’Hôtel Trois-Rivières et du Manoir Laviolette. De plus, Le Cabarin Inc. allait devoir se conformer aux normes fixées par le ministre du Travail avant de pouvoir rouvrir ses portes.[121] Dans un second article paru dans le même numéro du quotidien de Trois-Rivières, on apprenait que le jugement ayant permis cette razzia avait été rendu par le juge Jacques Trahan. Son document stipulait que le Manoir Laviolette louait des chambres pour de la prostitution. De plus, « les bouteilles de « fort » y étaient baptisées à l’eau avant d’être servies à la clientèle. Lors d’un raid effectué avant l’audition de la Commission à la mi-janvier, des experts avaient témoigné que sur 40 bouteilles saisies en l’occurrence, 35 avaient reçu le « baptême » comme le démontraient des expertises faites dans la métropole. – La clientèle est exploitée d’une manière flagrante, de souligner le juge Trahan et la loi est justement là pour protéger le public. »[122]

Bref, on coupait l’alcool avec de l’eau afin de réaliser de meilleurs profits sur le dos des clients.

Réflexions :

               Il apparaît nécessaire, par la reconstitution des audiences de la CPQ de 1969, de nuancer l’image qu’on retient de cette époque. Certes, on ne peut juger honnêtement le passé avec nos yeux d’aujourd’hui, d’autant plus que les transcriptions sténographiques de cette enquête ont été détruites, mais on pourrait certainement revoir à la baisse certaines exagérations qui se colportent encore de nos jours quant à la réputation non seulement de la ville mais de certaines personnes.

               En effet, la prostitution était-elle aussi répandue que certaines personnes se plaisent à le dire, d’autant plus que la partie 2 du rapport a permis d’identifier 43 prostituées, alors que certains articles de journaux avaient laissé entendre un nombre pouvant aller jusqu’à 300?

               Jean-Marie Hubert était-il véritablement un policier corrompu? Des témoins ont fait de graves allégations à son endroit avant de revenir sur leurs paroles, au point de se parjurer. Au bout du compte, Hubert n’a jamais été accusé au criminel en lien avec des choses qu’on lui avait reproché en 1969 ou avant. Au bout du compte, on ne peut rien lui attribuer qui puisse entacher ses qualités de détective. La seule chose que lui reproche la partie 2 du rapport de la CPQ c’est d’avoir eu le béguin pour une prostituée et avoir vécu une relation ouverte devant sa femme. Évidemment, pensons-nous, cette situation n’était pas socialement vue de la même façon qu’en ce moment.

               Parmi les autres nuances que nous permet de dresser cette reconstitution, retenons celle où, comme le rapport de la Commissaire Lacerte-Lamontagne, il est plutôt invraisemblable, voire impossible, que Dupont ait pu témoigner contre ses collègues. On a vu que les journalistes se sont extasiés devant des témoignages de moindre importance. Certes, il nous apparaît évident que si Dupont avait livré un témoignage choc permettant d’accuser ses collègues celui-ci ne serait pas passé inaperçu. Au contraire, on a vu que des témoignages plus incriminants livré à l’endroit de Hubert et Dallaire n’ont suscité aucun intérêt pour une quelconque théorie impliquant un meurtre. En dépit de cette enquête controversée, personne n’a été assassiné.

               Un problème apparemment plus criant se situait au niveau de la Cour municipale, qui allait jusqu’à falsifier des actes d’accusation afin de pouvoir mieux garnir ses coffres. Au final, peut-être qu’une partie du témoignage livré par Denis Leclerc en 1996 faisait du sens, lorsqu’il avait servi cette avertissement selon lequel le problème se situait davantage au-delà de la police.

               En fait, on pourrait retenir que le contexte de l’époque aurait plutôt contribué à ajouter du stress sur les épaules de Dupont, qui se trouvait alors déjà sous médication. D’ailleurs, y aurait-il un autre moyen d’interpréter sa crainte de témoigner devant la CPQ? Pourquoi aurait-il eu peur? Craignait-il qu’on révèle son comportement envers le capitaine Gagnon? Craignait-il un blâme? Autre chose? Après tout, n’était-il pas le meilleur ami d’Hubert?

De plus, on se demande quel impact le témoignage de Dupont aurait pu avoir parce que le mal était déjà fait avec la comparution des trois policiers de Montréal, ainsi que Dion (qui s’est cependant rétracté par la suite). Au cours de la journée du 18 septembre, Gagnon et Hubert ont eu l’occasion de répliquer aux accusations apparues par les témoignages des policiers montréalais. Encore une fois, si Dupont avait témoigné contre ses collègues, il est à penser que les répliques d’Hubert à propos de son ami et collègue n’auraient pas échappées aux journalistes. Complice dans l’amitié, Dupont craignait-il, justement, d’être questionné sur les habitudes de son ami?

Depuis la médiatisation de l’affaire Dupont, à partir de 1993, on a fait grand cas du climat entourant l’enquête de la CPQ. Certes, cette investigation a permis de faire ressortir certaines vieilles habitudes datant d’une époque incertaine, de même que des pratiques douteuses, mais il faut également garder à l’esprit plusieurs contradictions. On a assisté aux rétractations de deux témoins, en plus d’une volte-face de la part de la ville concernant la suspension et la réembauche de Dallaire et Hubert. La ville s’était-elle aperçue, finalement, qu’elle avait jugé trop rapidement les deux hommes? Sinon, pourquoi les avoir définitivement congédiés en janvier 1970?

               Pourquoi tant de spéculations? La CPQ elle-même est-elle à blâmer? Souffrait-elle d’un surplus de zèle qui aurait pu alimenter son désir ardent de « régler le problème de Trois-Rivières »?

               Rappelons aussi que la présence à Trois-Rivières de la CPQ ne doit pas être considérée comme une « preuve » de la présence d’une situation unique, ou d’un réseau criminel incomparable. Selon la description que BAnQ a fait du fonds d’archives E79 de la Commission de police du Québec, celle-ci s’est intéressée à des municipalités come Saint-Georges-de-Beauce, Montréal, Ste-Foy, Chapais, Beloeil, Baie-Comeau, Hull, Rouyn, Longueuil, Château-Richer, Lachute, et Maniwaki. C’est sans compter tous les contenants qui présentent encore des restrictions de consultation pour encore quelques décennies.



[1] Eric Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible » (2013).

[2] Jean-Paul Arsenault, « S’il faut faire le ménage, je le ferai, dit M. Vallières », Le Nouvelliste, 13 août 1969.

[3] Arsenault.

[4] Arsenault.

[5] Arsenault.

[6] Arsenault.

[7] « Trois-Rivières : Le chef de police ne sait rien », La Presse, 13 août 1969.

[8] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[9] Jean-Paul Arsenault, « J’ai été provoqué, dit M. Vallières, “Laliberté m’a dit que je ferais un bon détective dans la prostitution” », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[10] Arsenault.

[11] Arsenault.

[12] « Permis pas encore renouvelés », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[13] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[14] « Rapport de la CPQ à Trois-Rivières », 20 décembre 1969.

[15] Jean-Paul Arsenault, « Roger Dion, employé de la cité, est catégorique: “J’ai vu, de mes yeux vu, un copain remettre de l’argent à deux membres de la Sûreté” », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[16] Jean-Paul Arsenault, « Témoignage choc d’un jeune homme de 20 ans à l’enquête sur la police de Trois-Rivières, “J’ai rencontré un détective et je lui ai remis $200...!” », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[17] Arsenault.

[18] J. G., « Des détectives de Trois-Rivières auraient empoché plusieurs pots-de-vin », La Presse, 14 août 1969.

[19] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[20] Selon le registre d’état civil, Denise Filion aurait épousé Ernest Blais le 9 octobre 1944 à Lévis.

[21] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[22] G., « Des détectives de Trois-Rivières auraient empoché plusieurs pots-de-vin ».

[23] Jean-Paul Arsenault, « Rien n’a encore été prouvé, s’exclame l’avocat Guy Lebrun », Le Nouvelliste, 15 août 1969.

[24] Arsenault.

[25] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[26] Jean-Paul Arsenault, « “Je pratiquais la prostitution dans un hôtel”, Un limier m’a demandé de lui donner un petit pourcentage, affirme une “fille de joie” », Le Nouvelliste, 15 août 1969.

[27] Arsenault.

[28] Arsenault.

[29] Jean-Paul Arsenault, « Delage n’a pas réuni son état-major ni en 1968, ni en 1969 », Le Nouvelliste, 15 août 1969.

[30] Arsenault.

[31] Arsenault.

[32] Arsenault.

[33] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[34] Jean-Paul Arsenault, « Un policier de Montréal à l’enquête de la police: “Arrestation d’une prostituée, cautionnement, absence en Cour et cautionnement confisqué”, “Il y avait une entente entre la police et la Cour...!” », Le Nouvelliste, 16 août 1969.

[35] Arsenault.

[36] Roger Noreau, « Quatre bandits volent $4,000 à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite, Onze personnes détenues à la suite d’un vol à main armée », Le Nouvelliste, 16 août 1969.

[37] Noreau.

[38] Noreau.

[39] Régent Lajoie, « Drame sur la rue Saint-Paul à Trois-Rivières, deux jeunes suspects sont détenus par la police: Un homme est frappé à mort à l’aide d’une barre de fer », Le Nouvelliste, 18 août 1969.

[40] Lajoie.

[41] Lajoie.

[42] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[43] Bernard Champoux, « Le chef de police invoque un “manquement à la discipline” et le conseil entérine sa recommandation, Dallaire et Hubert suspendus indéfiniment », Le Nouvelliste, 19 août 1969.

[44] Champoux.

[45] Jean-Paul Arsenault, « Si le gérant Lord ne m’avait pas téléphoné, je n’aurais pas suspendu les deux détectives, avoue le chef Delage! », Le Nouvelliste, 20 août 1969.

[46] Arsenault.

[47] Arsenault.

[48] Arsenault.

[49] Arsenault.

[50] Arsenault.

[51] Jean-Paul Arsenault, « Delage: Deux hommes ne pouvaient enrayer la prostitution », Le Nouvelliste, 26 août 1969.

[52] Arsenault.

[53] Bernard Champoux, « Le conseil revient sur sa décision et rescinde la résolution, Les détectives Hubert et Dallaire réinstallés », Le Nouvelliste, 26 août 1969.

[54] Champoux.

[55] Champoux.

[56] Fernand Gagnon, « Aucune relation avec l’enquête sur la police, Le directeur Delage prendra sa retraite le premier octobre », Le Nouvelliste, 26 août 1969.

[57] Jean-Paul Arsenault, « Des photocopies lui ont été remises par l’archiviste Rouette à la demande du Chef du Contentieux, Vallières a eu en sa possession des dossiers de prostituées », Le Nouvelliste, 27 août 1969.

[58] Arsenault.

[59] Arsenault.

[60] Jean-Paul Arsenault, « Le directeur Delage est formel: Je n’ai jamais autorisé qui que ce soit à sortir des dossiers de “filles de joie” », Le Nouvelliste, 27 août 1969.

[61] Arsenault.

[62] Jean-Paul Arsenault, « Témoignage choc du sergent-détective Paul Dallaire: “Le directeur m’a dit de ne pas m’occuper s’il y avait 200 ou 300 « filles », d’en arrêter une durant ma surveillance!” », Le Nouvelliste, 28 août 1969.

[63] Arsenault.

[64] Arsenault.

[65] Arsenault.

[66] Arsenault.

[67] Jean-Paul Arsenault, « Un membre de l’escouade de la moralité de la Métropole le répète, Il y avait entente entre les policiers et la Cour municipale », Le Nouvelliste, 28 août 1969.

[68] Arsenault.

[69] Arsenault.

[70] Jean-Paul Arsenault, « Le sergent-détective Paul Dallaire: Nous avons eu des ordres de ne rien virer à l’envers! », Le Nouvelliste, 28 août 1969.

[71] Arsenault.

[72] Arsenault.

[73] Arsenault.

[74] Arsenault.

[75] Arsenault.

[76] Jean-Paul Arsenault, « La liste des différents taux de la Cour municipale date de 1951 dit le témoin, Dallaire explique le mécanisme des cautionnements forfaits », Le Nouvelliste, 29 août 1969.

[77] Arsenault.

[78] Arsenault.

[79] « Robert Gignac s’évade du pénitencier », Le Nouvelliste, 30 août 1969.

[80] Claude Vaillancourt, « Sous la menace d’un revolver ... Gignac et Repentigny forcent M. et Mme Omer Beauchemin de les conduire en Ontario », Le Nouvelliste, 2 septembre 1969.

[81] Bernard Champoux, « M. Vallières s’oppose, Réinstallation de Dallaire et Hubert », Le Nouvelliste, 3 septembre 1969.

[82] Champoux.

[83] Jean-Paul Arsenault, « Vol à main armée à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite, Jeannine Beauchesne aux Assises et ses complices subissent leur enquête », Le Nouvelliste, 3 septembre 1969.

[84] Jean-Paul Arsenault, « Le détective Hubert rapporte une déclaration du greffier de la Cour municipale relativement à la déposition de certaines plaintes, “On est mieux de les porter en Cour municipale, ça grossit les coffres de la ville. Aux Sessions, ça va à la province” », Le Nouvelliste, 4 septembre 1969.

[85] Arsenault.

[86] Arsenault.

[87] Arsenault.

[88] Jean-Paul Arsenault, « Me Boily à l’enquête sur la police “Avec un autre témoin, je formulerais sans doute une requête spéciale” », Le Nouvelliste, 5 septembre 1969.

[89] Arsenault.

[90] Arsenault.

[91] Arsenault.

[92] Arsenault.

[93] Arsenault.

[94] Jean-Paul Arsenault, « M. Delage ou M. Lord? Qui agit comme directeur de la force constabulaire? », Le Nouvelliste, 6 septembre 1969.

[95] Arsenault.

[96] Fernand Gagnon, « Le maire Montour et la fusion des effectifs policiers des trois villes-soeurs, Que Trois-Rivières règle d’abord ses propres affaires de police », Le Nouvelliste, 17 septembre 1969.

[97] Jean-Paul Arsenault, « Le gérant Lord donne sa version de la suspension des détectives Hubert et Dallaire, J’ai téléphoné au directeur Delage pour le mettre à l’aise! », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[98] Il nous a été impossible d’identifier ces deux autres policiers qui eux se sont mérité un congédiement définitif.

[99] Arsenault, « Le gérant Lord donne sa version de la suspension des détectives Hubert et Dallaire, J’ai téléphoné au directeur Delage pour le mettre à l’aise! »

[100] Jean-Paul Arsenault, « Incident durant le témoignage du gérant Lord, Cessons de jouer avec les mots (M. Tobin) », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[101] Arsenault.

[102] Arsenault.

[103] Jean-Paul Arsenault, « Les pots-de-vin soi-disant remis pour permettre l’opération d’une roue de fortune, Dion ne peut plus jurer avoir vu de ses yeux vu! », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[104] Arsenault.

[105] Jean-Paul Charbonneau, « Reprise de l’enquête sur la police de Trois-Rivières, La circulation aurait été le plus grand problème », La Presse, 18 septembre 1969.

[106] Charbonneau.

[107] Fernand Gagnon, « Les conseillers Goneau et Vallières expriment un voeu pressant, Redorer le blason de la ville et celui de son corps de police », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[108] « L’approbation des comptes, Le conseiller Vallières se propose d’être vigilant », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[109] « L’approbation des comptes, Le conseiller Vallières se propose d’être vigilant ».

[110] Jean-Paul Arsenault, « Un jeune homme de 20 ans s’est-il parjuré à l’enquête sur la police? Blais nie maintenant avoir remis $200 au détective Hubert », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[111] Arsenault.

[112] Arsenault.

[113] Jean-Paul Arsenault, « Les méthodes de traiter la prostitution, Gagnon et Hubert contredisent les dépositions de deux limiers de la Moralité de la Métropole », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[114] Jean-Paul Arsenault, « Témoignages contradictoires », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[115] Arsenault.

[116] Arsenault.

[117] « La police appréhende un jeune homme », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[118] Jean-Paul Arsenault, « Première recommandation de la Commission de Police au conseil de ville à la clôture de l’enquête, “Consultez-nous sur le choix du nouveau directeur de police” », Le Nouvelliste, 20 septembre 1969.

[119] Jean-Paul Arsenault, « Laplante et Burns libérés d’une accusation d’extorsion », Le Nouvelliste, 10 juin 1970.

[120] Arsenault.

[121] Jean-Paul Arsenault, « Deux hôtels vidés de fond en comble par la police, Le grand ménage reprend à Trois-Rivières », Le Nouvelliste, 16 février 1973.

[122] « Au Manoir Laviolette, Prostitution et eau de vie baptisée », Le Nouvelliste, 16 février 1973.

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