Meurtre impuni d'un adolescent de 16 ans?

 

Nicholas Shamie

Le journaliste Serge Lamoureux, dans La Presse, a qualifié ce crime de « meurtre répugnant et inutile. »[1] En effet, il était 20h30 en ce 13 décembre 1969 lorsque trois braqueurs sont entrés au restaurant R. Deslauriers, dans le quartier Rosemont, à Montréal. Thérèse Deslauriers se trouvait derrière son comptoir et elle a rapidement été rejointe par son mari, Renaud. Les bandits les ont mis en joue avec un revolver. C’est à cet instant que Yves Richard, 16 ans, est arrivé pour acheter quelques journaux. Le jeune garçon n’a pas vu les signes que lui faisait Mme Deslauriers, qui essayait de lui faire comprendre que le danger s’était invité dans la place. Le bandit armé s’est donc tourné vers lui et sans la moindre explication, ni la moindre parole, il a tiré. L’adolescent n’a pas été touché, mais le choc l’a projeté au sol. Mais le braqueur ne s’est pas arrêté là. Il a tiré une seconde fois et c’est là qu’une balle a atteint l’adolescent en plein cœur. Yves serait mort en moins de trois ou quatre minutes.

Réalisant probablement ce qu’ils venaient de faire, les trois braqueurs ont pris la fuite sans même prendre un seul dollar dans la caisse. Les policiers ont ratissé les quartiers, mais ils n’ont rien trouvé. Deux jours plus tard, on publiait le portrait-robot du tueur afin de permettre au public de donner un coup de pouce à l’enquête.

Au départ, la police croyait que les trois braqueurs étaient d’origine italienne. On s’attendait d’ailleurs à des arrestations imminentes. Finalement, c’est un ressortissant syrien répondant au nom de Nicholas Shamie, 46 ans, qui a été arrêté. Les deux autres étaient québécois : Richard Lafleur, 19 ans, et Hermann Gaumont, 19 ans.

Au début de janvier 1970, Shamie a comparu devant le juge Maurice Johnson pour être inculpé de meurtre. Quand il a appris qu’il était recherché, il s’était livré à des journalistes.

Au moment de son procès, en novembre 1970, on le décrivait maintenant comme un Canadien d’origine libanaise. Le procès a fait la preuve que Shamie était l’un des trois voleurs qui ont braqués le restaurant. Selon Shamie, c’est Richard Lafleur qui aurait tué l’adolescent de 16 ans. En témoignant pour sa propre défense, Shamie a expliqué aux jurés qu’il se trouvait effectivement sur place mais qu’il ignorait faire partie d’un groupe qui complotait pour réaliser un vol à main armé. D’autant plus qu’il ressemblait au portrait-robot, le public s’attendait à ce qu’il soit reconnu coupable.

Le jour même de son 49 anniversaire, Shamie a été acquitté. Le public a été étonné par le verdict. En fait, même le juge ne s’y attendait pas car l’honorable McKay a déclaré : « Vous êtes libéré et ... vous êtes bien chanceux! »

Pour leur part, Richard Lafleur et Hermann Gaumont ont plaidé coupable et ont les a condamnés à la prison à vie.

À l’automne 1972, on a annoncé que Shamie devait bientôt subir une enquête préliminaire pour fraude. On fournissait alors son adresse comme étant le 773 rue Bienville.

Avec un tel verdict, on se demandera probablement toujours si justice a été faite pour le meurtre sans pitié d’Yves Richard.



[1] Serge Lamoureux, La Presse, 15 décembre 1969.

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